Cynisca, la première à remporter une victoire olympique

Princesse de Sparte, Cynisca (née vers 440 av. JC) est en 396 av. JC la première femme à remporter une victoire aux Jeux olympiques antiques… sans mettre un pied au stade !

Femmes antiques et sport

Cette gravure en noir et blanc représente Cynisca debout sur un char à quatre chevaux, en pleine course. Elle porte un casque et son vêtement et ses cheveux volent au vent.
Cynisca par Sophie de Renneville

Dans les sociétés antiques, même fortement patriarcales comme la Grèce ou la Rome antiques, on trouve trace de jeunes filles ou de femmes pratiquant des exercices physiques ou des sports de loisirs, jeux de ballon, équitation, tir à l’arc ou encore arts martiaux. En Grèce antique, des compétitions sportives sont ainsi organisées par des femmes pour des femmes : les Héraia, qui se tiennent tous les quatre ans à Olympie en l’honneur de la déesse Héra, permettent aux jeunes filles non mariées de se mesurer les unes aux autres lors d’épreuves de stadion – de course à pied. Vêtues d’un chiton coupé au-dessus des genoux et dévoilant le sein et l’épaule droite, les parthenoi (jeunes filles) courent une distance de stade olympique réduite d’un sixième. 

L’existence d’activités physiques pratiquées par des jeunes filles et des femmes au cours de l’Antiquité n’indique pas pour autant, bien entendu, un accès égal au sport. Les sociétés antiques sont, dans leur majorité, fortement patriarcales, et les rôles genrés assignés aux femmes et aux hommes induisent un rapport au monde, aux loisirs et au corps différent. Ainsi, en Grèce, la participation aux Jeux olympiques est non seulement interdite aux femmes, mais il leur est également défendu d’y assister, sous peine de mort. Pausanias rapporte le cas d’une femme, et une seule, ayant échappé au châtiment suprême : au Ve siècle av. JC, Kallipáteira, fille, sœur, épouse et mère de sportifs, transgresse la règle pour assister à une victoire de son fils. Découverte, elle n’est pas punie par considération pour les athlètes de sa famille.

Dans ces conditions, il semble difficile d’imaginer une femme remportant une victoire olympique. C’est pourtant l’exploit qu’accomplit Cynisca, fille du roi de Sparte Archidamos II, en 396 av. J.-C. … sans mettre un pied au stade !

« La seule femme de toute la Grèce à avoir remporté cette couronne »

L’origine de Cynisca, princesse de Sparte, joue un grand rôle dans cette prouesse. Les femmes spartiates jouissent en effet de plus grandes libertés et d’une meilleure éducation que les femmes grecques. Destinées, elles aussi, à donner naissance à des enfants robustes, elles sont tenues de conserver une bonne condition physique et une alimentation saine. Mariées plus tardivement que leurs voisines, les jeunes filles pratiquent ainsi divers sports parmi lesquels l’équitation, la course à pied, la lutte ou encore le lancer du disque et du javelot. Fille de roi, Cynisca ne fait pas exception à la règle, bien au contraire : considérée comme un « garçon manqué », elle se prend de passion pour l’équitation et se fait reconnaître comme cavalière de talent.

Or, les épreuves hippiques des Jeux olympiques couronnent les propriétaires des chevaux, et non le cavalier. Rien n’interdit donc à Cynisca de s’y présenter. Encouragée par son frère Agésilas II, peut-être parce que ce dernier veut discréditer ce sport en montrant qu’il suffit de posséder des montures, Cynisca entraîne des chevaux et des cavaliers, et aligne une équipe aux Jeux olympiques de -396, pour la course de chars à quatre chevaux. Son équipe emporte la victoire, et défendra avec succès son titre quatre ans plus tard. Cynisca ne peut ni assister à la course, ni recevoir son prix en personne, mais elle marque malgré tout l’histoire comme première femme à emporter une victoire dans ces Jeux olympiques si résolument masculins. Elle en reçoit les honneurs : un monument lui est dédié à Sparte, dans le bosquet des platanes, où aucune autre femme n’avait encore eu ce privilège, tandis qu’une statue la représentant avec un conducteur de chars est érigée dans le temple de Zeus à Olympie. L’inscription qui y est gravée révèle la fierté  d’avoir été la première à obtenir ce titre :

« Les rois de Sparte sont mes pères et frères
Cyniska, victorieuse de la course de chars aux chevaux rapides
Ont érigé cette statue. Je déclare être la seule femme
De toute la Grèce à avoir remporté cette couronne. »

La seule, au moment de son exploit. Cynisca ouvre la voie à d’autres femmes, victorieuses des courses de char lors des Jeux olympiques. L’histoire retient les noms, par exemple, de Timareta et de Theodota. Moins célèbres, mais pionnières, elles aussi, de cette place que les femmes auront tant de mal à arracher au sein de cette grand-messe du sport que sont les Jeux olympiques.

Liens utiles

Page Wikipédia de Cynisca
Pausanias – Description de la Grèce
Cynisca, première femme à s’imposer aux Jeux Olympiques
Cynisca l’Eurypontide : genre, autorité et richesse dans la Sparte impériale du début du IVe siècle avant notre ère

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