Amelia Boynton Robinson, militante des droits civiques

Militante des droits civiques, Amelia Boynton Robinson (1911 – 2015) joue un rôle crucial dans les Marches de Selma à Montgomery réclamant le droit de vote pour les Afro-américain-es en 1965.

Cette image est un portrait d'Amelia Boyton Robinson, en 2015, à l'âge de 103 ans. Elle a les cheveux gris et un visage souriant. Elle porte une chemise bleue sous un vêtement épais de laine. Elle porte des camées représentant un profil de femme noire en collier et en boucle d'oreille.
Amelia Boynton Robinson en 2015 © Ianbailey1983

Une fillette engagée

Fille d’Anna Eliza Platts et de George Platss, Amelia Isadora Platts nait le 18 août 1911 à Savannah en Géorgie, au sud-est des États-Unis. Ses neuf sœurs et frères et elle grandissent dans un État où la ségrégation raciale fait rage et où le Ku Klux Klan, organisation suprématiste blanche, est très implanté.

Anna et George encouragent leurs enfants à lire, à s’éduquer et à former leur esprit. Alors qu’Amelia est encore une fillette, elle participe à des campagnes en faveur du droit de vote des femmes, qui sera accordé par les États-Unis en 1920 à travers le XIXe amendement de la Constitution. Aux femmes blanches, du moins. Bien que le XVe amendement stipule depuis 1969 que « le droit de vote des citoyens des États-Unis ne sera dénié ou limité par les États-Unis, ou par aucun État, pour des raisons de race, couleur, ou de condition antérieure de servitude », de nombreux Etats excluent de fait les Afro-américain-es du vote en se basant par exemple sur des conditions de ressources ou d’éducation.

Amelia étudie pendant deux ans à la Georgia State Industrial College for Colored Youth (« université industrielle de l’État de Géorgie pour jeunes de couleur », aujourd’hui université d’État de Savannah), puis obtient un diplôme en économie domestique à l’institut de Tuskegee dans l’Alabama (aujourd’hui université de Tuskegee). Elle enseigne quelques temps avant de devenir agente de démonstration à domicile dans la ville de Selma dans l’Alabama. Elle y forme la population à des questions liées à divers sujets autour de l’agriculture et des tâches domestiques, telles que la transformation d’aliments, la nutrition ou encore la santé.

Privations de droit de vote

En 1934, Amelia s’inscrit sur les registres de vote, ce qui est particulièrement compliqué pour les Afro-américain-es à cette période. Comme de nombreux États du Sud, l’Alabama a passé une série de lois (disenfranchisement) pour empêcher les Noir-es d’accéder au vote. L’inscription sur les listes électorales est ainsi soumise à des conditions d’éducation et d’alphabétisation. Afin d’éviter de pénaliser un électorat blanc, l’Alabama ajoute à son arsenal de lois la « good character clause » (clause de bonne moralité) et la « grandfather clause » (clause du grand-père) : une personne analphabète peut ainsi accéder au droit de vote si son père ou grand-père votait avant 1867 (excluant ainsi les descendants d’esclaves) ou si un comité de nomination les estime « de bonne moralité » et à même de comprendre « les devoirs et obligations de la citoyenneté ». Des dispositifs qui excluent généralement les citoyen-nes noir-es ainsi que, souvent, les blanc-hes pauvres.

En 1936, âgée de 25 ans, Amelia épouse Samuel William Boynton avec qui elle aura deux enfants : Bill Jr. et Bruce Carver Boynton. Plus tard, ils adopteront deux nièces d’Amelia, Sharon et Germaine. Le couple milite et soutient des associations de défense des droits civiques. Quelques années plus tard, Amelia écrit la pièce Through the Years (au cours des années) qui se penche sur la naissance de la musique Spiritual, dans l’objectif de lever des fonds pour la création d’un centre communautaire à Selma.

Boynton v. Virginia

En 1954, Amelia et Samuel rencontrent le révérend Martin Luther King, Jr. et son épouse Coretta Scott King, dans l’église de Montgmory dans laquelle le pasteur officie. Avec le mouvement du boycott des bus de Montgomery l’année suivante, une action déclenchée par Rosa Parks, Martin Luther King deviendra l’un des piliers du mouvement pour les droits civiques aux États-Unis.

En 1958, le second fils d’Amelia et Samuel, Bruce, est arrêté alors qu’il commande un burger et un thé dans un restaurant réservé aux Blanc-hes. Après une nuit en prison, il est condamné à une amende de dix dollars. Il fait appel de la décision, mais perd le procès. L’affaire survient trois ans après l’arrestation de Rosa Parks pour avoir refusé de laisser sa place dans un bus à un passager blanc, et le vaste mouvement qui a obtenu la déségrégation des transports en commun. C’est finalement la cour suprême des États-Unis qui, deux ans plus tard, donnera raison à Bruce Boynton à travers la décision Boynton v. Virginia [anglais].

Première candidate en Alabama

Samuel meurt en 1963. Petit à petit, Amelia transforme son domicile en un centre de réflexion, de stratégie et d’organisation pour le mouvement pour les droits civiques à Selma. Des campagnes pour le droit de vote des Noir-es sont ainsi lancées, avec des manifestations et des rassemblements devant les palais de justice pour tenter – généralement en vain – d’obtenir une inscription sur les listes électorales : en 1962 puis en 1963, la militante Annie Lee Wilkerson Cooper sera ainsi déboutée. Le droit de vote est un enjeu majeur pour les associations de défense des droits civiques telles que la NAACP et la Southern Christian Leadership Conference de Martin Luther King : elle est le premier pas vers une véritable représentation politique des Noir-es, nécessaire à de vraies avancées de leurs droits.

En 1964, Amelia se présente aux élections sénatoriales en Alabama, espérant ainsi inciter les citoyen-nes noir-es à s’enregistrer sur les listes électorales et à voter. Une candidature pionnière, et ce à plus d’un titre : Amelia est la première femme noire à se présenter en Alabama, et la première femme candidate pour le parti démocrate dans l’État. Elle recevra 10% des voix.

Les Marches de Selma

Cette photographie en noir montre plusieurs policiers en uniforme, avec casques et armes, attendant face à un pont. En face, des manifestants de la première marche de Selma arrivent.
La police attendant les manifestations lors de la première marche de Selma
Début 1965, un jeune militant noir, Jimmie Lee Jackson, est abattu par la police lors d’une manifestation pour le droit de vote. Amelia initie alors et co-organise une vaste marche de protestation et de demande du droit de vote entre Selma et Montgomery, à près de 80 km de là. Menés par Hosea Williams et John Lewis, 600 militants quittent Selma le 7 mars 1965. Ils sont arrêtés quelques kilomètres plus loin par la police locale et une foule haineuse qui s’en prennent violemment à eux. 70 militants sont blessés dans ce qui sera connu comme le bloody sunday (dimanche sanglant). Les images d’Amelia, inconsciente au sol après avoir été battue par la police, feront le tour du monde.

« Then they charged. They came from the right. They came from the left. One [of the troopers] shouted: ‘Run!’ I thought, ‘Why should I be running?’ Then an officer on horseback hit me across the back of the shoulders and, for a second time, on the back of the neck. I lost consciousness. »
(Alors ils ont chargé. Ils sont venus de la droite. Ils sont venus de la gauche. Un [des soldats] a crié: « Cours! » J’ai pensé: « Pourquoi devrais-je courir? » Puis un officier à cheval m’a frappée aux omoplates et, une seconde fois, à l’arrière du cou. J’ai perdu connaissance.)

Malgré ce qu’elle vient de subir, Amelia reprend le départ deux jours plus tard, en compagnie de Martin Luther King. Au même endroit, les marcheurs font demi-tour pour éviter un nouveau bloody sunday. Elle sera encore présente lors de la troisième marche qui, cette fois, parvient jusqu’à Montgmory en trois jours ; ce sont 25 000 marcheurs qui entrent dans la capitale de l’État le 24 mars.

Le Voting Rights Act, interdisant les discriminations raciales dans l’accès au vote, est finalement signé par le président Lyndon B. Johnson en août 1965.  Amelia Boynton est invitée d’honneur lors de la cérémonie de signature.

Amelia se remarie en 1969 avec Bob W. Billups, puis en 1976 avec James Robinson. Par la suite, elle devient vice-présidente de l’Institut Schiller en 1984, un poste dont elle démissionnera en 2009. En 1990, elle obtient la médaille Martin Luther King pour la liberté. Amelia Boynton Robinson meurt en août 2015, quelques jours après avoir fêté ses 104 ans.

Liens utiles

Page Wikipédia d’Amelia Boynton Robinson (anglais)
Amelia Boynton Robinson, a Pivotal Figure at the Selma March, Dies at 104
Amelia Boyton (anglais)

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