Mary Seacole, infirmière discriminée

Infirmière jamaïcaine, Mary Seacole (1805 – 1881) propose bénévolement ses services lors de la guerre de Crimée, mais sa demande est rejetée à cause de préjugés racistes. Elle effectue alors seule et par ses propres moyens le voyage de 6 500 km pour se rendre sur le front.

Ce tableau d'Albert Charles Challen, peint en 1869, représente Mary Seacole en buste. De profil, elle regard vers la gauche et porte un vêtement bleu et un foulard rouge très colorés. Sur sa poitrine, trois décorations militaires sont accrochées.
Mary Seacole par Albert Charles Challen, 1869

Une jeune femme éduquée

Fille d’une guérisseuse jamaïcaine et d’un officier écossais de l’armée britannique, Mary Seacole naît à Kingston, Jamaïque, en 1805. Gérant une pension de famille largement fréquentée par des soldats et des marins, sa mère utilise des remèdes traditionnels africains et caribéens pour lutter pour la fièvre jaune dont souffrent beaucoup de ses pensionnaires. Mary apprend progressivement, à ses côtés, d’abord en l’imitant sur ses poupées puis en l’assistant.

Pendant quelques années, Mary est engagée au service d’une femme âgée, qui la traite comme un membre de sa famille et lui permet d’accéder à l’éducation. A seize ans, elle passe un an à Londres pour rendre visite à des membres de sa famille ; elle y retournera plus tard, seule et sans protecteur, avant de rentrer en Jamaïque en 1825. Mary passe quelques temps chez sa patronne, malade, pour lui procurer des soins, avant de retourner auprès de sa mère.

Infirmière et gérante de pension

Les compétences de soigneuse de Mary lui valent d’être appelée à l’occasion par l’hôpital de l’armée britannique, et de voyager aux Bahamas, à Cuba, en Haïti. Elle y parfait sa connaissance des fièvres tropicales et des remèdes traditionnels. A l’époque, des événements d’importance secouent la Jamaïque : une révolte d’esclaves éclate en 1831, et les esclaves sont définitivement émancipés en 1838.

En 1836, Mary épouse Edwin Horatio Hamilton Seacole, un commerçant, qui mourra huit ans plus tard. L’épicerie du couple ne rencontrant pas le succès, Mary et son mari rejoignent la pension de famille des Grant, Blundell Hall. En 1844, Edwin meurt, suivi de la mère de Mary. Accablée, la jeune femme se réfugie dans le travail et reprend à son compte la pension, reconstruite après un incendie et baptisée New Blundell Hall.

Choléra et fièvre jaune

Ce dessin en noir et blanc représente Mary Seacole en buste. Elle porte une chemise à manche courte bordée de dentelles. Ses cheveux sont soigneusement coiffés et elle porte des perles dans sa coiffure, à ses oreilles et à son cou.En 1850, une épidémie de choléra tue plus de 32 000 Jamaïcains. Mary soigne de nombreux patients et développe encore ses compétences. Ces nouvelles compétences seront rapidement mises à profit ; lorsque Mary rend visite à son demi-frère Edward à Cruces (actuel Panama), une épidémie de choléra frappe la ville. C’est elle qui soigne la première victime, qui survit au choléra ;  les patients affluent alors, et Mary soignent les riches, qui paient, et les pauvres gratuitement. Les pertes seront nombreuses. Mary elle-même contracte le choléra, mais elle y survit.

A Cruces, Mary ouvre un hôtel qu’elle tient quelques temps avant de rentrer en Jamaïque. A son retour, les autorités médicales jamaïcaines font appel à elle pour soigner les victimes de la fièvre jaune. Non contente de mettre ses compétences au service des malades, Mary organise un service d’infirmières en sollicitant principalement des guérisseuses afro-caribéennes. En 1854, elle rentre à Panama.

La guerre de Crimée et Florence Nightingale

La même année, la guerre de Crimée éclate ; elle oppose l’Empire russe à une alliance de l’Empire ottoman, de la France, du Royaume-Uni et du royaume de Sardaigne. Parmi les milliers de soldats envoyés sur le terrain, des centaines contractent le choléra, ainsi que d’autres maladies ; ne disposant que de rares hôpitaux mal équipés et manquant de personnels, beaucoup meurent.

C’est dans ce contexte que Florence Nightingale constitue une équipe de 38 infirmières volontaires pour se rendre en Crimée et renforcer les hôpitaux de guerre. Convaincue que son expérience lors d’épidémies de choléra peut être utile, Mary se rend à Londres et tente d’être envoyée en Crimée. Malgré son expérience, elle ne parvient pas à obtenir d’entretien et comprend rapidement qu’elle est victime de racisme, et que sa couleur de peau et son âge ne répondent pas aux critères de Florence Nightingale.

Résolue à ne pas se laisser arrêter par ces refus, Mary se rend en Crimée seule et sur ses propres ressources. Comme elle l’a déjà fait au Panama, elle prévoit d’y ouvrir une pension avec des quartiers pour les blessés et les malades. Sur le trajet, Mary rencontre Florence Nightingale à Istanbul et, lettre de recommandation en poche, renouvelle son offre de travailler pour elle. Elle essuie un nouveau refus.

En Crimée

Parvenue en Crimée, Mary bâtit son hôtel en réutilisant du bois et du métal abandonnés, des caisses, des tôles d’acier, des fenêtres et des portes de récupération. Elle ouvre son British Hotel en mars 1855, et reçoit rapidement ses premiers visiteurs. En plus du gîte, Mary vend des provisions et du matériel aux clients de passage, sert des repas, dispense des soins et effectue des tournées médicales.

Mary prend l’habitude de vendre ou de distribuer des provisions autour des camps de soldat et du champ de bataille. Connue sous le surnom de « Mère Seacole » par les soldats britanniques, elle prodigue ses soins sur le champ de bataille, allège les souffrances des blessés, soigne gratuitement ceux qui ne peuvent pas payer. Ses sorties sur le champ de bataille, sous le feu ennemi, lui valent de se disloquer le pouce, une blessure qui ne se remettra jamais entièrement.

Lorsque la guerre de Crimée s’achève en 1856 et que les armées quittent les lieux, Mary se retrouve dans une situation financière délicate, avec un approvisionnement qui ne trouve plus preneurs et qu’elle doit vendre à perte. Quand elle rentre en Angleterre, elle est ruinée et poursuivie par ses créanciers.

Cette photographie montre Mary Seacole assise sur une chaise. Elle porte une robe longue à la jupe évasée recouvrant jusqu'à ses pieds. Ses mains reposent sur ses cuisses, sa main droite tient un bol. Cheveux soigneusement coiffés, elle regarde vers le bas. Derrière elle, on aperçoit un guéridon avec plusieurs flacons.
Seule photographie connue de Mary Seacole, par un photographe inconnu

Situation financière difficile

Les difficultés financières de Mary sont relatées dans la presse britannique, déclenchant une collecte de fonds à son profit. Florence Nightingale, qui en Crimée l’accusait de tenir une mauvaise vie et enjoignait à ses infirmières de garder leurs distances, participe à la collecte. Les fonds levées permettent de régler les dettes de Mary, mais elle reste démunie. Une situation financière difficile qui l’empêche, notamment, de se rendre en Inde pour venir en aide aux blessés de la révolte des Cipayes de 1857.

En 1857, Mary publie son autobiographie sous le titre Les aventures extraordinaires de Mrs. Seacole dans de nombreux pays. Elle y relate principalement ses années à Panama et son expérience lors de la guerre de Crimée. Ecrite par William Howard Russel, la préface dit :

« J’ai été témoin de son dévouement et son courage … et j’espère que l’Angleterre n’oubliera jamais celle qui a nourri ses malades, qui a cherché à apporter aide et secours à ses blessés, et qui a effectué les derniers offices pour certains de ses illustres morts »

Fin de vie à Londres

Mary rentre en Jamaïque pour quelques années, mais y fait à nouveau face à des difficultés financières. A Londres, la fondation Seacole organise une nouvelle collecte pour lui acheter un terrain à Kingston.

En 1870, Mary s’installe à Londres, où elle devient notamment masseuse personnelle de la princesse de Galles. Elle meurt en 1881 ; la célébrité qui est la sienne au moment de sa mort ne lui survit pas. Mary Seacole est largement éclipsée dans les mémoires par Florence Nightingale.  En 1991, la Jamaïque lui décerne à titre posthume l’ordre du mérite jamaïcain. Depuis les années 2000, ses actions et son histoire sont à nouveau reconnues au Royaume-Uni ; en mars 2005, une exposition Mary Seacole célèbre le bicentenaire de sa naissance au musée Florence Nightingale de Londres.

Liens utiles

Page Wikipédia de Mary Seacole

 

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