Paula Modersohn-Becker, pionnière de l’expressionnisme

Peintre allemande, Paula Modersohn-Becker ( – mouvement expressionniste.

Une enfant cultivée

Cet autoportrait représente Paula Modersohn-Becker portant un collier de grosses perles brunes et tenant un rameau végétal à la mainTroisième parmi les sept enfants de Mathilde Becker et de Carl Woldemar Becker, Paula Becker nait le 8 février 1876 à Dresde (Allemagne) au sein d’une famille de la classe moyenne. Sa mère descend d’une famille noble et son père, ingénieur, est un homme cultivé, amateur de voyages et qui maîtrise plusieurs langues dont le français et l’anglais.

Les enfants Becker reçoivent une éducation de qualité laissant une large part à l’art et à la culture, de la poésie à la musique. Paula et ses sœurs reçoivent notamment des cours de piano. Leur mère cultive en outre de nombreuses relations dans les cercles artistiques et les enfants Becker baignent dans ce milieu.

Alors qu’elle est enfant, Paula joue avec ses cousines Maidli et Cora dans une carrière de sable lorsqu’un éboulement les surprend et les ensevelit. Paula et Maidli sont retrouvées à temps, mais la petite Cora, qui n’a que onze ans, n’en réchappe pas. Ce drame marque durablement Paula, comme elle en témoignera plus tard dans sa correspondance.

Premiers cours de dessin et de peinture

A 16 ans, Paula est envoyée chez une tante près de Londres pendant quelques mois, pour y apprendre l’anglais. Pendant son séjour, elle prend également de premiers cours de dessins et finit par rejoindre une école des Beaux-Arts, où sa passion artistique se développe. Découragée par la discipline imposée par sa tante et souffrant du mal du pays, elle écourte cependant sa formation pour rentrer en Allemagne.

Pour faire plaisir à son père, Paula entre comme sa grande sœur dans une école d’institutrices, dont elle sort diplômée en 1896. Parallèlement à ses études, elle suit des cours de peinture auprès du peintre Bernhard Wiegandt. Elle travaille d’après modèles et commence à réaliser des séries de portraits des membres de sa famille. Grâce à sa mère, qui se démène pour payer ses études, Paula intègre ensuite une école de peinture très en vue de Berlin. Le niveau y est élevé et Paula y réalise notamment de nombreux nus, marqués par des jeux de clair-obscur. Elle profite également de son séjour berlinois pour fréquenter les musées et s’imprégner de culture classique comme de l’art des artistes de son temps.

La communauté artistique de Worpswede

En 1897, Paula se rend avec sa famille à Worpswede, qui abrite alors une communauté d’artistes, en particulier des peintres, désireux d’être au contact direct de la nature. Paula est fascinée par cet environnement, culturel comme naturel, et décide d’y retourner l’année suivante pour rencontrer la communauté et suivre des cours auprès du peintre Fritz Mackensen. Dans son esprit, l’idée de devenir une peintre professionnelle elle-même a fait son chemin.

A Worpswede, Paula rencontre notamment la sculptrice Clara Westhoff et le peintre Heinrich Vogeler, avec qui elle noue des liens d’amitié, ainsi que le peintre Otto Modersohn qui deviendra son mari. Paula profite de leçons de dessin et de peinture, mais son style, simplifiant les couleurs et les formes, se différencie trop de l’art plus académique pratiqué à Worpswede et en Allemagne en général. Paula décide alors de partir à Paris.

Paula arrive à Paris, où elle retrouve son amie Clara, en 1900. Comme elle l’avait fait à Berlin, elle suit des cours à l’académie Colarossi, une école d’art qui accepte les femmes, et fréquente assidûment les musées et galeries d’art. Elle est profondément marquée, notamment, par la peinture de Paul Cézanne qui est alors complètement inconnu. Le rythme de travail qu’elle s’impose détériore son état de santé et, lorsque les sommes confiées ses proches s’épuisent, Paula n’est pas en état de trouver une place de gouvernante comme son père le lui suggère.

Ce tableau de Paula Modersohn-Becker représente une rivière séparant en deux un paysage verdoyant, avec quelques maisons au toit rouge en arrière-plan

Otto Modersohn

Rentrée en Allemagne, Paula récupère lentement et Otto lui rend fréquemment visite. En septembre, le couple annonce ses fiançailles ; ils se marieront en mai de l’année suivante. Pendant sa période de fiançailles, Paula accepte sous la pression familiale de prendre des cours de cuisine, mais elle ne tiendra pas longtemps avant d’abandonner. Par la suite, elle s’efforce de conjuguer sa nouvelle vie de femme mariée, de balle-mère d’une fillette qu’Otto a eue lors d’un précédent mariage et de peintre. Son mari la soutient dans son art, convaincu de son talent et de son exceptionnelle créativité.

Malgré le fait que ce mariage l’allège des contraintes financières et lui permet de se consacrer à son art plutôt qu’à un métier, Paula regrette de nombreux aspects de sa vie de couple. La vie culturelle animée de Paris lui manque notamment, tandis qu’Otto aime la paix et la tranquillité et n’apprécie pas l’art moderne français. En 1902, Paula écrit dans son journal :

« L’expérience m’a enseigné que le mariage ne rend pas plus heureuse. Il ôte l’illusion, autrefois omniprésente dans tout l’espace, qu’il existe une âme sœur. (…) J’écris ceci dans mon livre de cuisine, le dimanche de Pâques 1902. Je suis assise dans ma cuisine et je prépare un rôti de veau. »

Entre la France et l’Allemagne

En 1903, Paula passe quelques mois à Paris sans son mari et sa belle-fille. Elle se remet à fréquenter les musées et notamment le Louvre, où elle s’inspire des antiquités grecques et égyptiennes mais également d’estampes japonaises traditionnelles. Après cette longue absence, elle retrouve son mari et sa belle-fille avec plaisir et rentre avec l’espoir d’avoir elle-même un enfant.

A côté de ses nombreuses natures mortes et parmi ses portraits, Paula réalise des portraits de jeunes enfants et de bébés de plus en plus nombreux. Ses traits et ses couleurs se simplifient, à mesure qu’elle développe un style de plus en plus personnel. Les formes qu’elle peint, en particulier sur les natures mortes, se rapprochent de plus en plus de leur essence et d’un contour géométrique simplifié ; Otto, de son côté, ne comprend plus et n’apprécie plus l’art de son épouse.

Lors de son séjour suivant à Paris, Paula reprend quelques cours de dessin mais les abandonne vite car ils ne conviennent plus à son trait livre et au caractère de son style. Lors d’un séjour parisien, elle découvre l’art de Gauguin, qui la fascine.

« Ma vie est une fête »

Cet autoportrait représente Paula Modersohn-Becker portant une jupe bleue et torse nue, un collier de perles entre les seins. Ses mains sont posées au-dessus et en-dessous de son ventre arrondi ; elle est enceinte.
Autoportrait enceinte – Paula Modersohn-Becker

En 1906, Paula quitte du même coup Worpswede et son mari, à qui elle indique qu’elle souhaite poursuivre sa propre voie. C’est lui, pourtant, qui continue à subvenir à ses besoins. Installée à Paris, Paula partage sa vie entre des cours de dessin, des expositions et une vie sociable au sein des milieux artistiques et culturels parisiens.

C’est l’artiste Bernhard Hoetger qui lui donne confiance en elle en complimentant sa peinture et en l’encourageant à poursuivre ses recherches artistiques. En 1906 – 1907, Paula peint avec acharnement et réalise environ quatre-vingt-dix toiles. Elle effectue de nombreuses natures mortes et inaugure également un nouveau genre en réalisant des autoportraits entièrement nus, ce qui à l’époque et pour une femme en particulier demande une grande audace.

En fin d’année 1906, probablement en raison de sa situation financière, Paula renoue avec son époux qui vient passer l’hiver avec elle à Paris. En mars suivant, le couple rentre à Worpswede. Finalement enceinte, Paula souffre d’avoir moins de temps à consacrer à la peinture mais réalise encore quelques œuvres. Elle accouche péniblement en novembre, donnant la vie à une fillette du nom de Mathilde, et doit garder le lit. Trois semaines plus tard, lorsqu’elle obtient l’autorisation de se lever, elle souffre d’une embolie pulmonaire et meurt, à 31 ans, des suites de cet accouchement qu’elle avait tant espéré.

En 1900, dans son journal, elle avait écrit :

« Je sais que je ne vivrai pas très longtemps. Mais est-ce si triste ? Une fête est-elle meilleure parce qu’elle est plus longue ? Ma vie est une fête, une fête courte et intense. […] Et si l’amour me fleurit encore un peu avant de s’envoler, et me fait réaliser trois bonnes peintures dans ma vie, je partirai volontiers, des fleurs aux mains et aux cheveux. »

En 1927, le musée « Maison Paula Becker-Modersohn » ouvre ses portes dans son ancienne demeure à Brême.

Galerie

Liens utiles

Page Wikipédia de Paula Modersohn-Becker Mourir à trente ans, ou l’œuvre empêchée de Paula Modersohn-Becker
Paula Modersohn-Becker: Five things you need to know about this German Expressionist painter

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