Emily Kame Kngwarreye, artiste inépuisable

Emily Kame Kngwarreye (1910 – 1996) est l’un·e des artistes aborigènes d’Australie les plus célèbres et talentueux·ses de l’époque contemporaine.

Emily Kame Kngwarreye

Une vie dans le désert

Emily Kame Kngwarreye  nait en 1910 en Australie, au sein du peuple Anmatyerre. Elle grandit dans la zone désertique d’Alhalkere, dans ce qui sera plus tard le territoire Utopia [anglais], avec son frère et sa sœur. Elle a, à l’époque, peu de contacts en dehors de son peuple. Elle se marie à deux reprises : d’abord lors d’un mariage arrangé, puis dans un mariage d’amour.

Emily n’a pas d’enfants mais noue des liens avec ses nièces ; elle élève la fille de sa belle-sœur, Barbara Weir [anglais], jusqu’à ses neuf ans environ. Barbara fera partie des « générations volées », ces enfants aborigènes australiens enlevés de force à leurs parents par le gouvernement australien. Supposée morte par sa famille, la fillette sera élevée par des familles d’accueil et ne retrouvera sa mère et sa tante qu’à l’âge d’une vingtaine d’années.

Une carrière artistique tardive

Les premiers contacts d’Emily avec la vie artistique se font à travers les traditions aborigènes, par la création et la réalisation de motifs pour des cérémonies. C’est à l’âge de 70 ans que, en même temps que le reste de la communauté aborigène d’Utopia, elle découvre l’art du batik, une technique millénaire de peinture sur textile pratiquée en Afrique de l’Ouest, au Moyen-Orient et en Asie.

Fatiguée de la technique de réalisation du batik qui se révèle exigeante physiquement, Emily se met ensuite à la peinture sur toile.

« I didn’t want to continue with the hard work batik required – boiling the fabric over and over, lighting fires, and using up all the soap powder, over and over. That’s why I gave up batik and changed over to canvas – it was easier. My eyesight deteriorated as I got older, (…) it was better for me to just paint. »

(Je ne voulais plus effectuer le dur travail que le batik nécessite – faire bouillir le tissu encore et encore, allumer des feux, utiliser la poudre de savon, encore et encore. C’est pourquoi j’ai abandonné le batik pour passer à la toile. C’était plus facile. Ma vue s’est détériorée à mesure que je vieillissais, (…) il valait mieux que je peigne.)

Mes rêves

Dans les années 1988 / 1989, des membres du Central Australian Aboriginal Media Association (CAAMA), visitant à diffuser la culture aborigène, introduisent la peinture à l’acrylique au sein de la communauté d’Utopia. Ils organisent une exposition des tableaux, et les œuvres d’Emily rencontrent immédiatement un vif succès.

Guidée dans un premier temps par son professeur d’art Geoffrey Bardon [anglais], Emily explore rapidement son propre style, avec des tableaux d’abord composés de points de peinture de différentes tailles et couleurs. Elle puise son inspiration dans sa région d’origine, dans son expérience de femme aborigène d’Alhalkere. Quand on lui demande d’expliquer ses tableaux, elle répond :

« Whole lot, that’s whole lot, Awelye (my Dreaming), Arlatyeye (pencil yam), Arkerrthe (mountain devil lizard), Ntange (grass seed), Tingu (Dreamtime pup), Ankerre (emu), Intekwe (favourite food of emus, a small plant), Atnwerle (green bean), and Kame (yam seed). That’s what I paint, whole lot. »

(Tout, je peins tout, Awelye (mes rêves), Arlatyeye (igname), Arkerrthe (lézard), Ntange (graine d’herbe), Tingu (chiot de rêve), Ankerre (émeu), Intekwe (une plante, la nourriture préférée des émeus), Atnwerle (haricot vert), et Kame (graine d’igname). C’est ce que je peins, tout.)

Style et inspiration

Emily peint d’abord pour la CAAMA puis pour une galerie d’art aborigène à Melbourne. Rapidement, ses tableaux attirent l’attention et la demande augmente. Malgré son âge avancé, elle peint pendant des années en moyenne un tableau par jour ; ses œuvres s’arrachent à prix d’or lors de ventes aux enchères, rapportant plus d’un million de dollars à la communauté d’Utopia entre 1989 et 1990.

Son style évolue, passant des points de couleurs à des lignes parallèles colorées représentant rivières et terrains. Son trait s’épaissit, ses points s’élargissent. Elle ajoute des anneaux de couleur et des lignes qui sillonnent la toile, allusions à des éléments constitutifs de la vie dans le désert d’Alhalkere : essentiel à la survie, l’igname est en particulier très représenté dans son travail.

Le succès d’Emily

Le succès qu’Emily rencontre, avec l’augmentation de la demande, finit par lui poser problème. Elle est en particulier soumise à la pression de la communauté blanche qui lui commande des tableaux en lui demandant d’adapter sa technique à un style plutôt qu’un autre. Elle reçoit également des attentions non sollicités, et racontera à un ami avoir un jour échappé à « cinq ou six wagons de marchands d’art en graine » à Utopia. Jusqu’à la fin de sa carrière, elle sera poursuivie par des vendeurs voulant acquérir son art.

Emily Kame Kngwarreye meurt en septembre 1996 à Alice Springs. La première exposition en solo de ses oeuvres aura lieu à Amsterdam en 1999. En 2013, le Emily Museum ouvre à Cheltenham, en Australie ; c’est le premier musée dédiée à un·e seul·e artiste aborigène.

Liens utiles

Emily Kame Kngwarreye (anglais)
Page Wikipédia d’Emily Kame Kngwarreye

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Un commentaire

  1. A reblogué ceci sur VITRINART.et a ajouté:
    Emily Kame Kngwarreye (1910 – 1996) est l’un·e des artistes aborigènes d’Australie les plus célèbres et talentueux·ses de l’époque contemporaine.
    par l’Histoire par les femmes le 11/12/2017

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