Benazir Bhutto, Première ministre pakistanaise

Mohtarma Benazir Bhutto (1953 – 2007) est une femme politique pakistanaise. Figure marquante de l’histoire du Pakistan, elle a été dirigeante de son parti et deux fois Première ministre de son pays. Morte assassinée, elle obtient le Prix des droits de l’homme des Nations unies à titre posthume.

Condamnation de Zulfikar Alî Bhutto

Benazir BhuttoFille de l’ancien président puis Premier ministre Zulfikar Alî Bhutto et de Nusrat Ispahani Bhutto, Benazir Bhutto nait le 21 juin 1953 à Karachi au Pakistan ; aînée de quatre enfants, elle a deux frères, Murtaza et Shahnawaz, et une sœur, Sanam. Éduquée dans d’anciens pensionnats catholiques, elle part à 16 ans aux États-Unis pour poursuivre ses études au Radcliffe College à Harvard. Elle y obtient un diplôme en gouvernement comparé avant de partir finir ses études à Oxford en Angleterre, où elle étudie le droit international, la diplomatie, la philosophie, la politique et l’économie.

Son diplôme en poche, Benazir rentre en 1977 au Pakistan, dont son père est Premier ministre, pour se lancer dans une carrière diplomatique. Le 5 juillet, quelques jours après son retour, un coup d’état dirigé par le général Muhammad Zia-ul-Haq destitue Zulfikar Alî Bhutto. L’ancien Premier ministre est jugé pour conspiration dans un assassinat, condamné à mort et pendu, tandis que ses fils s’exilent et que sa femme et sa fille aînée sont détenues dans un camp. Elles resteront placées en maisons d’arrêt jusqu’en 1979. Relâchée, Benazir s’exile au Royaume-Uni pour raisons médicales.

Première ministre à 35 ans

Depuis son exil, Benazir devient cheffe du Parti du peuple pakistanais (PPP) fondé par son père et se réclamant du socialisme islamique ; elle y succède sa mère, qui reste co-présidente. Elle élève sa voix pour dénoncer les traitements réservés aux prisonniers politiques au Pakistan. En 1985, elle apprend que son frère Shahnawaz est mort empoisonné à Nice. La même année, elle dénonce les violations des droits de l’Homme au parlement européen. En réponse à son discours, Muhammad Zia-ul-Haq condamne à mort 50 membres de son parti.  En 1986, Benazir rentre au Pakistan et y est accueillie triomphalement. L’année suivante, suite à une manifestation contre le général Zia, elle échappe à un attentat. La même année, elle épouse Asif Ali Zardari avec lequel elle aura trois enfants : Bilawal, Bakhtawar et Aseefa.

Le 17 août 1988, Zia ul-Haq meurt dans un accident d’avion et le président du Sénat, Ghulam Ishaq Khan, devient président par intérim dans l’attente d’une élection, retardée par des attaques à Karachi et Hyderabad. Benazir mène campagne et, le 16 novembre 1988, le PPP remporte largement les élections législatives ; elle-même est élue dans les trois circonscriptions dans lesquelles elle s’est présentée. Sa mère est également élue dans deux circonscriptions. S’alliant au Muttahida Qaumi Movement, le PPP obtient la majorité absolue à l’Assemblée nationale. Après un bref conflit, Ghulam Ishaq Khan nomme Benazir Première ministre et la charge de constituer un gouvernement. A 35 ans, elle devient la plus jeune personne et la première femme élue démocratiquement à la tête d’un pays à majorité musulmane.

Elue par l’Assemblée nationale

Son mandat est marqué par le retrait des troupes soviétiques, une visite à Washington où elle rencontre George H. W. Bush et le retour du Pakistan au sein du Commonwealth. Elle mène une politique libérale de privatisation des grandes entreprises nationales. Benazir entretient une relation conflictuelle avec le président et, en 1990, ce dernier dissout l’Assemblée nationale et démet la Première ministre de ses fonctions. Elle est accusée de corruption et d’abus de pouvoir et son mari est retenu en détention avant d’être acquitté en 1993 ; elle-même comparaitre en 1990-1991 et sera innocentée en 1994.

En 1993, Ghulam Ishaq Khan et son nouveau Premier ministre démissionnent conjointement à la suite de rivalités et de conflits politiques, et de nouvelles élections ont lieu, remportées par le PPP. Le 20 octobre 1993, l’Assemblée nationale élit Benazir Bhutto Première ministre tandis que Farooq Leghari, membre du PPP, est élu président le 13 novembre. Pour son second mandat, Benazir contracte des alliances, conforte son pouvoir et tente de raffermir ses liens avec les puissances occidentales. Elle confie la politique afghane à son ministre de l’intérieur et des documents montrent des liens entre le Pakistan et les talibans. En 1996, le second frère de Benazir, Murtaza, est tué dans une fusillade avec la police. Des rivalités ayant émergé entre son frère et elle, la Première ministre est rapidement soupçonnée mais cette suspicion ne sera jamais confirmée. Benazir Bhutto et le président se renvoient l’accusation et les tensions montent jusqu’au 5 novembre 1996 où Farooq Leghari démet sa Première ministre de ses fonctions et dissout l’Assemblée.

L’attentat

Benazir et son gouvernement sont accusés de corruption et, lors des élections de 1997, le PPP subit une lourde défaite. L’ancienne Première ministre conteste ces élections, mais en vain. En 1998, toujours accusée de corruption, elle s’exile à Dubaï pour échapper à la justice. En 1999, elle est condamnée. Elle conteste ce jugement mais, ne se présentant pas au procès en appel, est condamnée en 2002 à ne plus pouvoir retourner au Pakistan. Une nouvelle loi empêchant de faire plus de deux mandats en tant que premier ministre, Benazir ne peut retrouver le pouvoir. Elle voyage autour du monde, donne des conférences et prend notamment la parole devant le congrès des États-Unis.

En octobre 2007, le président Musharraf amnistie Bhutto. Après huit ans d’exil, elle retourne au Pakistan le 18 octobre et est accueillie par de nombreux sympathisants. Lors de son trajet vers la capitale, elle est la cible d’un attentat suicide dont elle réchappe mais qui tue 136 personnes. Suite à la recrudescence des attentats, le président Musharraf proclame l’état d’urgence ; Benazir appelle à manifester contre cette décision et est assignée à résidence à plusieurs reprises.

Le 25 novembre, elle annonce sa candidature aux élections législatives de janvier 2008. Le 27 décembre, elle se rend à une réunion du PPP dans un parc public. Alors qu’elle salue la foule à travers le toit ouvrant de sa voiture, un homme tire trois coups de feu dans sa direction puis fait exploser les explosifs qu’il porte sur lui. Benazir Bhutto est transportée à l’hôpital où elle mourra après une demi-heure de tentative de réanimation. Vingt personnes trouvent également la mort dans l’attentat.

La mort de Benazir Bhutto déclenche des émeutes et manifestations dans le pays et le président décrète trois jours de deuil national. En mars 2008, la justice pakistanaise inculpe le chef du TTP, Mouvement des Talibans du Pakistan, Baitullah Mehsud. ; il sera tué en 2009 lors de frappes américaines.

Liens utiles

La fiche Wikipédia de Benazir Bhutto
La fiche Wikipédia de Benazir Bhutto en anglais (plus complète)

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2 réflexions sur “Benazir Bhutto, Première ministre pakistanaise

    • Bonjour,
      Merci de votre vigilance mais en réalité non, il s’agit bien d’un premier ministre, Benazir Bhutto ayant été démise de ses fonctions en 1990 comme indiqué dans le paragraphe précédent.

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