Edmonia Lewis, sculptrice talentueuse

Sculptrice américaine, Mary Edmonia Lewis (1844 – 1907) puise l’inspiration de son art dans ses racines afro-américaines et amérindiennes. À l’époque à laquelle elle vit, elle est la seule femme noire reconnue pour ses talents artistiques aux États-Unis.

« Sauvage »

Edmonia Lewis naît le 4 juillet 1844 ou 1845 à Rensselaer, dans l’État de New York, au nord-est des États-Unis. Sa mère, Catherine Mike Lewis, couturière talentueuse, est d’ascendance ojibwé, un peuple natif des États-Unis, et afro-américaine ; son père, domestique, est afro-haïtien. Les deux meurent alors qu’Edmonia est en bas âge, et la fillette est adoptée et élevée – avec son demi-frère Samuel, fils de son père – par deux tantes maternelles. Avec elles, appelée par son nom amérindien Feu sauvage, l’enfant grandit au contact de la culture ojibwé.

Cette image est une photographie en noir et blanc d'Edmonia Lewis. Elle est assise sur un fauteuil et porte une longue robe. Son buste est couvert d'un grand châle sombre.

Plus âgé que sa demi-sœur d’une dizaine d’années, Samuel quitte le domicile de ses tantes, près des Chutes du Niagara, pour s’installer à San Francisco. Il veille malgré tout sur elle de loin, notamment en assurant son éducation et en payant ses études. En 1856, Edmonia rejoint le New-York Central College, une école baptiste marquée par des opinions antiesclavagistes et abolitionnistes. Elle quitte l’établissement au bout de trois ans, jugée « sauvage » ; elle en dira : « Until I was twelve years old I led this wandering life, fishing and swimming … and making moccasins. I was then sent to school for three years in [McGrawville], but was declared to be wild,—they could do nothing with me. » (Jusqu’à mes douze ans, j’ai mené une vie d’errance, à pêcher, à nager… et à faire des mocassins. J’ai ensuite été envoyée à l’école à [McGrawville] pendant trois ans, mais j’ai été déclarée sauvage – ils ne pouvaient rien faire de moi.)

L’Oberlin College

Après cette première expérience, Samuel envoie sa sœur, âgée de quinze ans, à l’Oberlin College, dans l’Ohio, un établissement également connu pour ses positions abolitionnistes où elle étudie l’art. L’Oberlin College est la première université à admettre parmi ses étudiants des afro-américains et des filles ; ça n’empêche pas l’adolescente, qui s’est renommée Mary Edmonia Lewis, de subir au quotidien racisme, sexisme et discriminations. Parmi le millier d’étudiants de l’institution, il n’y a qu’une trentaine d’étudiants afro-américains.

En 1862, alors que Edmonia a passé trois ans au sein de l’Oberlin College, deux de ses camarades tombent malades après avoir bu une boisson qu’elle leur a préparé. Bien qu’aucune trace de poison ne soit retrouvée, des médecins concluent à un empoisonnement à la cantharidine. Des rumeurs accusent Edmonia. Une nuit, alors qu’elle rentre chez elle, elle est attaquée, violemment battue et laissée pour morte. Après l’agression, les autorités locales l’arrêtent et l’accusent d’empoisonnement. John Mercer Langston, le seul avocat afro-américain à Oberlin, la défend à son procès dont elle sort acquittée par le jury. Elle ne s’en retrouve pas moins complètement isolée à l’université. L’année suivante, Edmonia est accusée d’avoir volé du matériel artistique à l’établissement. Acquittée à nouveau, faute de preuves, elle n’a pas le droit de se réinscrire à l’université et ne peut obtenir son diplôme de fin d’études.

Débuts d’artiste

Edmonia Lewis déménage à Boston en 1864 pour y démarrer une carrière de sculptrice. Dépourvue de diplôme, elle bénéficie de relations au sein du milieu abolitionniste, notamment William Lloyd Garrison qui l’introduit auprès des artistes locaux. C’est ainsi qu’elle rencontre le sculpteur Edward Brackett, spécialisé dans les bustes de marbre et en particulier dans les portraits de personnalités abolitionnistes, auprès de qui elle étudie. L’élève et le maître finissent cependant par se séparer en mauvais termes et Edmonia ouvre son propre atelier dès 1864.

La jeune sculptrice se dédie à son tour à la réalisation de bustes d’abolitionnistes célèbres de son temps, et de héros de la guerre de Sécession qui s’achève. Son buste de Robert Gould Shaw, un abolitionniste mort l’année précédente au cours du conflit, impressionne la famille Shaw qui le lui achète. La vente de copie de plâtre du buste du héros lui permet ensuite de mettre un peu d’argent de côté pour poursuivre des études en Europe. Edmonia bénéficie également de l’oreille attentive de la presse abolitionniste, qui couvre régulièrement son art. La jeune artiste s’inspire également du travail du poète Henry Wadsworth Longfellow, notamment le poème Le Chant de Hiawatha qui s’inspire de légendes ojibwés.

Cette image montre l'oeuvre Hiawatha d'Edmonia Lewis ; il s'agit d'un portrait en buste de marbre d'une personne amérindienne portant une coiffe, un collier et un vêtement traditionnels.
Hiawatha – Edmonia Lewis

Rome

En 1865, après avoir voyagé un peu en Europe – à Londres, Paris, Florence – Edmonia Lewis s’installe à Rome pour y poursuivre ses études de sculpture. Bénéficiant du soutien de plusieurs figures des milieux artistique et abolitionniste, elle s’y crée des relations au sein d’un réseau d’artistes et de sculpteurs expatriés.

À Rome, Edmonia rencontre un racisme moins prononcé qu’au sein des États-Unis qui viennent tout juste d’abolir l’esclavage et pour lesquels s’ouvre une longue période de ségrégation raciale ; elle y passera l’essentiel de sa carrière d’artiste. Adoptant un style néo-classique, elle se consacre à des thèmes et des symboles liés à ses racines afro-américaines et amérindiennes. Ainsi, son œuvre Forever Free (libre pour toujours) représente un homme et une femme dont les chaînes d’esclaves sont rompues ; The Arrow Maker (le fabricant de flèches) montre un père amérindien transmettant son art à sa fille.

Le talent d’Edmonia est reconnu en Italie et au-delà de ses frontières, jusqu’aux États-Unis. Ses œuvres se vendent à prix d’or, et elle organise plusieurs expositions de son travail, en Amérique et en Europe. En 1876, elle participe à l’Exposition universelle de Philadelphie avec une œuvre monumentale, The Death of Cleopatra (la mort de Cléopâtre). L’œuvre fascine et attire des milliers de visiteurs.

Fin de carrière

En 1877, Edmonia Lewis réalise à sa demande un portrait de l’ancien président américain Ulysses S. Grant, qui approuve l’œuvre. Dans les années 1880, alors que le style néo-classique perd peu à peu en popularité, la sculptrice voit du même sa notoriété décliner progressivement. Elle ne cesse pas pour autant de sculpter mais se consacre de plus en plus à des pièces dédiées à des mécènes de l’église catholique ; elle est elle-même très croyante.

En 1901, Edmonia s’installe à Londres. Elle y meurt de maladie en septembre 1907, à l’âge de 63 ans, après avoir largement sombré dans l’oubli.

Liens utiles

Page Wikipédia en anglais
Edmonia Lewis (anglais)

3 commentaires sur “Edmonia Lewis, sculptrice talentueuse

Ajouter un commentaire

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

Créez un site ou un blog sur WordPress.com

Retour en haut ↑

%d blogueurs aiment cette page :