Nanyehi ou Nancy Ward, « femme bien-aimée » du peuple Cherokee

Amérindienne Cherokee, Nanyehi (vers 1738 – 1822 ou 1824), connue en anglais sous le nom de Nancy Ward, est une Ghigau, titre prestigieux accordé à des femmes remarquables leur accordant le droit de siéger au conseil.

Avec les esprits

Nanyehi ou Nancy WardNanyehi nait vers 1738 à Chota (« ville-refuge »), capitale Cherokee située dans l’actuel Tennessee. Elle est connue alors sous le nom de Tsituna-Gus-Ke (« rose sauvage »). Sa mère est membre du clan Aniwaya (« clan loup »), le plus nombreux et le plus important chez les Cherokees. La plupart des sources font de son père un officier anglais du nom de Francis Ward, d’autres un membre de la nation Delaware.

L’histoire raconte que, dans son jeune âge, la fillette a la vision d’esprits l’aidant à retrouver son foyer après s’être perdue. Elle devient connue sous son nom de Nanyehi, signifiant « celle qui est avec les esprits ». Vers 1751, elle épouse Tsu-la, membre du clan de chasseurs Aniaoi, le clan cerf. Ils ont deux enfants, un garçon du nom de Fivekiller et une fille du nom de Catharine.

Ghigau, « femme aimée »

En 1755, les Cherokees et le peuple rival des Creeks, en guerre, s’affrontent lors de la bataille de Taliwa [anglais]. Nanyehi combat aux côtés de son époux, préparant ses armes et ses munitions. Quand Tsu-la est tué, elle ramasse son fusil et poursuit le combat, ralliant son peuple par un chant de guerre et les menant à la victoire.

Suite à sa participation déterminante à la bataille, Nanyehi reçoit le titre prestigieux de Ghigau [anglais],  signifiant « femme aimée » ou « femme guerrière ». Les Cherokees considèrent que le Grand Esprit peut s’exprimer à travers la Ghigau et Nanyehi gagne sa place au sein du conseil des chefs, dirige le conseil féminin des représentants des clans et assume le rôle d’ambassadrice pour son peuple. Sa parole gagne un poids et une influence considérables.

Nancy Ward

Des colons européens de plus en plus nombreux s’installent en territoire Cherokee, et les Cherokees concluent une alliance avec eux, notamment contre leurs peuples rivaux. Des amérindiennes épousent des colons, et Nanyehi se remarie avec un homme du nom de Bryant Ward. Ils auront une fille, Betsy, mais Bryant, déjà marié, finira par retourner vivre avec sa première épouse. Nanyehi change son nom pour Nancy Ward et apprend l’anglais. Persuadée que les Amérindiens et les colons arrivés d’Europe peuvent vivre en paix, elle s’intéresse de près à la culture des arrivants et s’emploie à nouer avec eux de bonnes relations.

Rapidement, des heurts éclatent. Des habitants de Virginia de l’Ouest tuent et dépouillent un groupe de Cherokees, menant au massacre de vingt colons en représailles et déclenchant un conflit long de deux ans au cours duquel les Cherokees capturent des positions britanniques. Nancy désapprouve certaines attaques contre des civils et prévient à plusieurs occasions les colons afin qu’ils puissent prendre la fuite.

Nancy utilise également son pouvoir pour épargner des captifs condamnés à mort, sauvant notamment une femme du nom de Lydia Bean. En retour, guérie de ses blessures, Lydia apprend à Nancy de nouvelles techniques de tissage qui modifieront non seulement les vêtements Cherokees, mais jusqu’à la répartition des tâches au sein de la société. Elle lui apprend également l’élevage bovin et la production de produits laitiers.

La guerre d’indépendance

Pendant la guerre d’indépendance américaine, les Cherokees prennent le parti des Britanniques contre les colons installés sur leurs terres, tandis que Nancy souhaite les soutenir. Des groupes de Cherokees attaquent des colonies et des forts situés sur leurs terres, et les colons américains se vengent en détruisant des villages et des cultures amérindiens. En 1777, les Cherokees subissent de lourdes défaites et perdent de grandes parties de leur terre.

En parallèle, Nancy cherche à rétablir la paix entre son peuple et les Américains. A plusieurs reprises, elle prévient ces derniers d’attaques imminentes et leur fournit des têtes de bétail pour leur éviter la famine. Malgré ses efforts, les terres Cherokees font l’objet d’invasions et d’attaques contre les villages, devenant de plus en plus réduites.

« Laissez vos fils être les nôtres »

L’année suivante, Nancy négocie un traité de paix entre Cherokees et Américains. Par la suite, elle oeuvre à nouer des alliances et à promouvoir de bonnes relations entre les deux peuples en participant à des négociations de traités. Comme les délégations américaines se montrent surprises d’avoir affaire à une femme, elle se dit, elle, surprise de ne voir aucune femme parmi eux et répond :

« You know that women are always looked upon as nothing; but we are your mothers; you are our sons. Our cry is all for peace; let it continue. This peace must last forever. Let your women’s sons be ours; our sons be yours. Let your women hear our words. »

(Vous savez qu’on considère toujours que les femmes ne sont rien ; mais nous sommes vos mères ; vous êtes nos fils. Notre appel est pour la paix. Laissez-le continuer. Cette paix doit continuer pour toujours. Laissez les fils de vos femmes être les nôtres ; nos fils être les vôtres. Laissez vos femmes entendre nos mots).

Dernières années

Après la guerre, Nancy s’oppose à de nombreuses reprises à la vente de terres Cherokees aux Américains. Elle tente de convaincre son peuple de l’éviter, mais ses objections ne sont pas écoutées. Devenue trop malade pour se rendre au conseil des Cherokees en 1817, elle ne peut pas empêcher la vente de terres et doit suivre son peuple vers l’ouest.

Sur ses dernières années, Nancy ouvre une auberge dans le Tennessee et vit avec son fils qui prend soin d’elle. Elle meurt en 1822 ou 1824, quelques années avant la Piste des larmes, qui verra la déportation du peuple Cherokee et d’autres peuples amérindiens vers l’ouest dans des conditions dramatiques.

Liens utiles

Page Wikipédia de Nancy Ward [anglais]
Nanyehi (Nancy) Ward [anglais]
Beloved woman of the Cherokee (Nancy Ward) [anglais]

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6 commentaires

  1. Merci pour cet article qui fait connaître une belle personne!
    – Sur la « Piste des larmes », vous pouvez lire « Peaux-Rouges, une marche pour la liberté » de William CAMUS (éditions Messidor-La Farandole, 1981
    – Sur l’enfance et l’éducation d’un enfant Cherokee élevé dans la Nature par ses grands-parents : le délicieux et émouvant « Petit-Arbre », du même auteur.
    Âmitié !

      1. Pas encore terminé. Les personnages sont attachantes et hors-normes. Le style du journal intime n’est pas très littéraire, mais facile à lire. Ceux et celles qui ont aimé Mille femmes blanches apprécieront.

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