Artemisia Lomi Gentileschi, peintre dramatique

Artemisia Lomi Gentileschi (1593- 1652), est une artiste-peintre italienne de l’école caravagesque, considérée comme l’une des premières femmes à peindre des sujets historiques et religieux. Très talentueuse, elle a rencontré une grand succès à son époque, et est également l’une des premières peintres baroques.

[AVERTISSEMENT : viol]

Un art cathartique

Autoportrait en allégorie de la peinture - Artemisia GentileschiFille de Prudentia Montone Orazio Gentileschi et du peintre Artemisia Lomi Gentileschi nait le 8 juillet 1593 à Rome. Son père est un disciple du peintre italien Michelangelo Merisi da Caravaggio (en français Caravage ou le Caravage), qui révolutionne la peinture de son temps par un grand réalisme et l’emploi marqué de la technique du clair-obscur. Artemisia apprend l’art du dessin et de la peinture auprès de son père, et s’y montre beaucoup plus douée que ses frères. Son style est directement influencé par celui d’Orazio, lui-même dans le sillage du Caravage.

A l’âge de 17 ans, peut-être avec l’aide de son père qui voulait mettre en avant les talents artistiques de sa fille, Artemisia signe sa première toile : Suzanne et les vieillards, représentant un épisode biblique dans un style réaliste marqué par le caravagisme. Elle travaille également à reprendre, en accentuant leur réalisme et leur clair-obscur, des oeuvres de son père. Comme l’enseignement des Beaux-Arts est réservé aux hommes, son père engage le peintre Agostino Tassi pour la faire progresser dans son art, mais le précepteur viole la jeune femme de 19 ans. Le peintre promet d’épouser sa victime pour protéger sa réputation, mais il tient pas parole. Orazio porte alors l’affaire devant le tribunal papal.

L’enquête dure plusieurs mois et le procès est en lui-même une épreuve supplémentaire pour la jeune Artemisia, qu’on soumet à un examen gynécologique et même à la torture. La peintre maintient ses accusations et le précepteur est condamné à un an de prison, qu’il ne fera pas. La violence extrême de la procédure, la crudité des faits qu’elle est forcée de relater et les méthodes du tribunal marquent Artemisia et, par la suite, influencent vraisemblablement son art. Après le viol et le procès, Artemisia peindra ainsi la scène biblique de Judith décapitant Holopherne. Le tableau marque par la violence intense de la scène, expression cathartique du désir de revanche d’Artemisia : elle s’est prise comme modèle pour Judith, et Holopherne a les traits de Tassi. En 1615, Artemisia réalise son autoportrait en sainte martyre. De manière générale, son art est marqué par une accentuation dramatique, un grand usage de l’obscurité et la violence graphique de certaines scènes.

Une peintre indépendante

Après le procès, Orazio arrange pour sa fille un mariage avec le peintre Pietro Antonio Stiattesi, pour lui permettre de retrouver un statut social. modeste peintre florentin, qui permet à Artemisia, violentée, abusée et dénigrée, de retrouver un statut honorable. Le couple s’installe à Florence et aura quatre enfants, dont seule la petite Prudenzia grandira. A Florence, forte de son talent, Artemisia obtient d’être la première femme acceptée à l’Académie du dessin. Elle fréquente les artistes de son temps, se fait connaître et reconnaître, et obtient des commandes telles que l’exécution d’une toile destinée à décorer le plafond de la salle des peintures de Michelangelo Buonarroti le Jeune, petit-neveu de Michel-Ange.

Malgré son succès, Artemisia connaît des problèmes financiers en raison de dépenses excessives. En 1622, elle se sépare de son époux et retourne à Rome avec sa fille Prudenzia. En 1627, elle a une seconde fille, hors mariage. Indépendante, en mesure de s’assumer et d’élever ses enfants, Artemisia cherche à intéresser ses filles à la peinture mais sans y parvenir. A Rome, elle connaît toujours le succès mais obtient moins de commandes ; elle se déplace alors beaucoup, s’installant notamment à Venise pendant plusieurs années, puis à Naples où elle s’établit définitivement. C’est là qu’elle obtient ses premières commandes pour une cathédrale, réalisant des toiles dédiées à saint Janvier de Bénévent ou à la Naissance de saint Jean Baptiste. Elle produit également de nombreuses oeuvres consacrées aux personnages féminins de la Bible : Judith, Marie-Madeleine, Bethsabée… Artiste reconnue, connaissant le succès, et dont on loue la grâce, les héroïnes de ses tableaux ont souvent ses traits.

En 1638, Artemisia passe quelques années à Londres auprès de son père, devenu peintre à la cour de Charles Ier. Elle collabore avec lui sur la décoration d’un plafond. Orazio meurt l’année suivante, dans les bras de sa fille qui retourne à Naples.

Artemisia Lomi Gentileschi meurt en 1653, laissant une oeuvre riche et puissante. Elle est considérée comme une artiste majeure du courant caravagesque.

 

Liens utiles

La page Wikipedia d’Artemisia Gentileschi
The Life and Art of Artemisia Gentileschi
Biographie et oeuvre d’Artemisia Gentileschi

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7 commentaires

  1. Oh, je trouve sa peinture fascinante. Sa décapitation d’Holopherne est encore plus réaliste dans sa seconde version, je trouve, celle avec la robe jaune et le sang qui gicle. Plus crédible que le Caravage! Son autoportrait est une composition extraordinaire.

    • Absolument d’accord ! C’est vrai que la seconde version est peut-être plus évocatrice ; quand j’aurai le temps, j’ajouterai quelques tableaux supplémentaires à l’article. Et je trouve en effet que le mouvement des deux femmes et la représentation du combat est nettement plus puissante et plus réaliste chez Artemisia Gentileschi !

  2. J’aime et je partage via L’Histoire des femmes, le parcours exceptionnel de l’Italienne Artemisia Lomi Gentileschi, peintre dès l’âge de 17 ans qui réalise un tableau  » Suzanne et les vieillards  » où elle subit l’influence du Caravage, à l’époque aucune femme peintre n’est connue à part elle !

  3. J’aime et je partage via L’Histoire par les femmes, le parcours de l’artiste italienne Artemisia Lomi Gentilleschi , peintre dramatique, elle nait à Rome le 8 juillet et décède en 1652.
    A 17 ans elle signe sa première toile  » Suzanne et les vieillards  » son style est réaliste marqué par le Caravage. Si je parle de cette artiste, c’est surtout parce qu’ une femme à cette époque qui est artiste peintre c’est plutôt rare !Je partage donc 07/11/16.

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