Les sœurs Mirabal, opposantes à la dictature

Avocate dominicaine engagée, Minerva Mirabal (1926 – 1960) s’est élevée avec ses sœurs María Teresa et Patria contre le dictateur Rafael Trujillo. Toutes les trois paieront cher leur engagement, et deviendront des martyres de la liberté.

Les quatre filles Mirabal

La maison où ont grandi les sœurs Mirabal

Née le 13 mars 1926, María Argentina Minerva Mirabal est la troisième fille de Mercedes Reyes Camilo et d’Enrique Mirabal, riche commerçant et propriétaire terrien. Sa grande sœur Patria, de deux ans son aînée, tient son prénom du fait qu’elle est née un 27 février, jour de commémoration de l’indépendance de la République dominicaine. Bélgica Adela naît, elle, en 1925, et Antonia María Teresa, la benjamine, en 1935. Toutes quatre grandissent à Salcedo, une ville du nord de la République dominicaine.

Élevées dans un milieu aisé, les quatre sœurs bénéficient d’une éducation de qualité. Patria se passionne pour la peinture tandis que Minerva, réputée pour sa vivacité d’esprit, apprend à lire dès cinq ans et récite de la poésie française, notamment du Victor Hugo, dès sept ans. Elle se passionne pour la littérature et dévore des ouvrages de poésie, tout en s’intéressant également à la peinture.

Les quatre sœurs grandissent sous la dictature de Rafael Trujillo, arrivé au pouvoir en 1930 à la suite d’un coup d’État. Rapidement, ce dernier impose son parti comme parti unique, attise jusqu’au massacre la haine envers les populations haïtiennes, développe un culte autour de sa personne et s’enrichit en préemptant des terres et des industries. Contrairement à l’usage qui s’installe, les Mirabal n’affichent pas de portrait du dictateur chez eux, ce qui leur vaut d’être considérés hostiles au pouvoir en place.

Des destins différents

Les sœurs Mirabal font leurs études primaires à Salcedo. À partir de 1938, les trois sœurs aînées sont envoyées au collège de la Inmaculada Concepción à La Vega, une ville située plus au sud, tandis que María Teresa, encore dans sa tendre enfance, reste à la maison.

Les sœurs suivent chacune une voie propre. Diplômée en dactylographie, Patria se marie jeune. À 17 ans, elle épouse Pedro Antonio González, descendant d’une famille de riches propriétaires terriens, avec qui elle aura quatre enfants. Bélgica Adela, connue sous le nom de Dedé, aide son père avec les affaires de la famille. Minerva obtient en 1946 un diplôme en Lettres et Philosophie. María Teresa, elle, étudiera plus tard les mathématiques.

À l’exception de Dedé qui s’occupe des affaires familiales, les sœurs Mirabal, malgré leurs trajectoires différentes, garderont en point commun leur opposition active à la dictature de Trujillo.

Rencontre avec le dictateur

Le destin des Mirabal est bouleversé en 1949, lorsque la famille est invitée à une fête en l’honneur de Trujillo au Palais du Gouvernement à Santiago. Le dictateur est immédiatement attiré par Minerva, d’une grande beauté autant que d’une intelligence vive. Rapidement, la famille reçoit une invitation pour une autre fête, à Jarabacoa. Trujillo profite d’une danse pour faire des avances à la jeune femme de 23 ans, avances qu’elle repousse avec fermeté.

En octobre de la même année, les Mirabal reçoivent par des officiels haut placée une invitation pour une fête au sein d’une maison de campagne de Trujillo. L’intérêt du dictateur pour Minerva ne pouvant être plus clair, Mercedes veut d’abord refuser l’invitation. Les conséquences d’un refus s’annonçant potentiellement graves pour la famille, les Mirabal décident finalement de s’y rendre tous, y compris les conjoints de Patria et de Dedé. Lors de la fête, Minerva subit de nouvelles avances de Trujillo et lui oppose un nouveau refus ferme. La famille Mirabal quitte alors les festivités. Trujillo, lui, est furieux.

Quelques jours plus tard, Enrique Mirabal est arrêté et emprisonné. Minerva et plusieurs de ses amies sont arrêtées peu après, et interrogées sur les relations de la jeune femme avec le Parti Socialiste Populaire. Relâchée, Minerva et son entourage, particulièrement sa famille, restent sous surveillance étroite du dictateur. Son père finira par mourir des suites des mauvais traitements subis lors de son incarcération.

Les sœurs Mariposas

Après cet épisode, Minerva Mirabal s’inscrit à l’université pour y apprendre le droit, malgré les réticences de ses parents qui craignent qu’elle ne s’attire des ennuis en s’impliquant en politique. Elle obtient son diplôme haut la main, devenant par la même occasion la première feme dominicaine à obtenir un diplôme de droit. L’antagonisme de Trujillo lui coûtera cependant sa licence, et elle ne sera pas autorisée à pratiquer le droit. Au cours de ses études, Minerva rencontre Manolo Tavárez Justo, étudiant et opposant au pouvoir en place comme elle, qu’elle épouse. Ils auront trois enfants entre 1956 et 1960.

Des sœurs Mirabal, Minerva est la plus engagée contre Trujillo ; lors de ses études, elle a appris la mort d’un de ses amis sur ordre du dictateur. Elle prend position même publiquement, ce qui lui vaut d’être arrêtée à plusieurs reprises par les services secrets. Sa sœur María Teresa la rejoint dans son combat après un séjour chez elle, suivie de leur aînée Patria qui a assisté à un massacre. Dedé, elle, reste en retrait, peut-être en raison de l’opposition de son mari.

Dans les réunions clandestines d’opposition au dictateur auxquelles elle participe, Minerva se fait connaître sous le surnom de « mariposa », papillon. Ce qui vaudra aux trois sœurs d’être connues comme les « hermanas mariposas », les sœurs papillons.

Le Mouvement Révolutionnaire du 14 juin

Autour des sœurs Mirabal et de leurs époux naît un mouvement dissident, le Mouvement Révolutionnaire du 14 juin, nommé ainsi en hommage à une tentative d’insurrection durement réprimée le 14 juin 1959. L’organisation, dirigée par Minerva et son mari, veut rassembler les groupes opposées à Trujillo, et préparer une révolution. La plupart des membres de la famille Mirabal s’y impliquent : Patria, Minerva, María Teresa et leurs époux, mais aussi les enfants adolescents de Patria. Ils organisent des réunions clandestines, produisent et distribuent des tracts, collectent des armes et des explosifs en vue de la révolution.

Dès janvier 1960, des membres du mouvement sont arrêtés et incarcérés. Minerva, María Teresa, leurs maris ainsi que celui de Patria et l’un de ses fils, sont emprisonnés. L’opposition internationale au régime de Trujillo monte et l’Organisation des États américains condamne les arrestations et envoie des observateurs sur place. Minerva et María Teresa, bien que condamnées à trois ans de prison, sont libérées, tandis que les époux des sœurs Mirabal restent incarcérés.

L’assassinat des sœurs Mirabal

À peine sorties de prison, les sœurs Mariposas reprennent leurs activités clandestines d’opposition au régime. Conscientes du danger qui pèse sur elles, elles n’envisagent pas pour autant d’abandonner la lutte. María Teresa en dira : « Ce dont nous sommes peut-être les plus proches est la mort, mais cette idée ne me fait pas peur : nous allons continuer à lutter pour ce qui est juste. »

Trujillo est désormais déterminé à se débarasser définitivement des sœurs Mirabal. Dans un geste d’apparente bonne volonté, il fait transférer leurs époux à la prison de Salcedo, près de chez elles. Le trajet pour rendre visite à leurs maris est désormais plus court, mais également connu. Le 25 novembre 1960, alors que Patria, Minerva et María Teresa Mirabal reviennent de leur visite hebdomadaire à leurs maris, elles tombent dans une embuscade tendue par des membres des services secrets. Conduites sous la menace d’armes dans une maison de campagne, elles sont assassinées avec leur chauffeur. Leurs corps sont ensuite replacés dans leur véhicule, qui est jeté du haut d’un précipice.

Monument aux sœurs Mirabal

L’assassinat des sœurs Mirabal cause effroi et indignation dans tout le pays, et renforce l’opposition à Trujillo. Le dictateur sera assassiné six mois plus tard. Dedé, la seule survivante, recueille et élève les enfants de ses sœurs, et dédie le reste de son existence à leur mémoire : elle crée une fondation et un musée, et écrit un livre, Vivas en su Jardín.

En 1999, les Nations Unies choisissent le 25 novembre, date de l’assassinat de Patria, Minerva et María Teresa Mirabal, pour la journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes.

Liens utiles

Page wikipedia de Minerva Mirabal
Page wikipedia des sœurs Mirabal
Trois sœurs contre une dictature

Un commentaire sur “Les sœurs Mirabal, opposantes à la dictature

Ajouter un commentaire

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

Créez un site ou un blog sur WordPress.com

Retour en haut ↑

%d blogueurs aiment cette page :