Gertrude Käsebier, photographe à succès

Photographe américaine connue en particulier pour ses représentations de la maternité et ses portraits de natifs américains, Gertrude Käsebier (1852 – 1934) a contribué à ouvrir la voie aux femmes dans le milieu de la photographie.

La conquête de l’ouest

Gertrude Kasebier par Samuel H. Lifshey

Fille de Muncy Boone Stanton et de John W. Stanton, Gertrude Stanton nait le 18 mai 1852 à Fort des Moines dans l’Iowa, État des Etats-Unis d’Amérique depuis 1846. Elle nait et grandit en pleine conquête de l’ouest, marquant la colonisation progressive par les colons d’origine européenne des territoires allant du Mississippi à l’océan Pacifique. Une période ponctuée de ruées vers l’or avec des déplacements massifs de colons, de massacres et de conflits avec les peuples natifs qui cherchent à défendre leurs terres et leurs ressources.

C’est dans ce contexte que survient, lorsque Gertrude a sept ans, la Ruée vers l’or de Pikes Peak, l’une des plus importantes en Amérique du nord, qui provoque l’afflux d’environ cent mille personnes dans ce qui deviendra le Colorado. John W. Stanton y participe ; il crée une scierie à Golden, s’enrichit grâce à la pression immobilière qui s’ensuit et devient le premier maire de la ville. L’année suivante, Gertrude, sa mère et son petit frère le rejoignent.

John meurt cependant brutalement en 1864, et Muncy Boone Stanton emmène ses enfants à Brooklyn, à New York, où elle ouvre une pension. Par la suite, Gertrude vit quelques années chez sa grand-mère à Bethlehem, en Pennsylvanie, où elle étudie au Bethlehem Female Seminary.

Jeune mariée

À l’âge de 22 ans, Gertrude épouse Eduard Käsebier, un homme d’affaires de six ans son aîné et issu d’une famille originaire d’Allemagne. Leur union s’avèrera malheureuse et conflictuelle. Gertrude témoignera plus tard, après son veuvage : « If my husband has gone to Heaven, I want to go to Hell. He was terrible…Nothing was ever good enough for him. » (Si mon mari est au paradis, je veux aller en enfer. Il était terrible… rien n’était jamais assez bien pour lui). Cette souffrance dans le mariage se lira dans une de ses photographies, baptisée « attelés et muselés – le mariage », et représentant deux enfants regardant des bœufs attelés et muselés, image de la forte contrainte qu’elle ressent.

Le couple aura malgré tous trois enfants entre 1875 et 1880 : Frederick William, Gertrude Elizabeth et Hermine Mathilde. En 1884, ils s’installent dans une ferme au sein du New Jersey pour y élever leurs enfants. Sans se séparer, car à l’époque le divorce n’est pas réellement une option, les époux mènent une existence de plus en plus distante.

Débuts d’artiste

À 37 ans, Gertrude Käsebier décide d’étudier l’art. Contre l’avis de son mari, mais avec son soutien financier, elle s’installe à Brooklyn avec ses enfants et s’inscrit au Pratt Institute. Elle y étudie notamment le dessin et la peinture, mais c’est la photographie, en particulier, qui éveille son intérêt. Un domaine neuf, à la fois artistique et scientifique, car Gertrude s’initie également à la chimie photographique.

Pour compléter ses études, l’artiste en herbe décide de voyager en Europe. Elle séjourne quelques mois en Allemagne, puis en France où elle étudie auprès du peintre américain Franck DuMond. En 1895, elle rentre à Brooklyn, forte désormais d’un apprentissage académique, de formations auprès d’artistes, de rencontres avec divers courants artistiques et de plusieurs années de pratique de son art.

Photographe professionnelle

En 1895, Eduard est gravement malade et les ressources financières de la famille s’amenuisent. Gertrude Käsebier décide alors de devenir photographe professionnelle, afin de disposer d’un revenu tout en s’adonnant à sa passion. Devenue assistante d’un portraitiste, elle ajoute à sa maîtrise de la photographie des compétences telles que la gestion d’un studio de photographie.

Gertrude ne néglige pas pour autant sa propre carrière, et ouvre rapidement son propre studio. Dès l’année suivante, elle expose 150 photographies au Boston Camera Club, un travail très conséquent au regard de la complexité des techniques photographiques de l’époque. Le succès de l’exposition lui vaut de présenter à nouveau ses clichés en 1897, au Pratt Institute et à la Photographic Society of Philadelphia en 1897.

À Philadelphie, Gertrude est également invitée à prendre la parole sur son travail. À une époque où on considère que la place des femmes est au foyer, elle n’hésite pas à s’adresser à elles :  « I earnestly advise women of artistic tastes to train for the unworked field of modern photography. It seems to be especially adapted to them, and the few who have entered it are meeting a gratifying and profitable success. » (Je conseille aux femmes qui aiment l’art de se lancer dans le champ nouveau de la photographie. Ça me semble spécialement adapté à elles, et le peu qui s’y sont lancées rencontrent un succès gratifiant et profitable).

Portraitiste

Chief Flying Hawk

À la fin des années 1890, Gertrude Käsebier découvre à New York le « Buffalo Bill’s Wild West » de William Cody. Le spectacle vise à recréer l’atmosphère de l’Ouest américain et de la conquête de l’ouest, mettant en scène notamment des cow-boys et des Amérindiens. Mise en scène d’une période qui s’achève, le spectacle rappelle à Gertrude son enfance dans les grandes plaines et son respect pour les peuples natifs qu’elle y a rencontrés.

Pendant la décennie suivante, Gertrude se lance alors dans le projet artistique de réaliser des portraits des Sioux faisant partie du spectacle. À la différence d’autres photographes, elle ne cherche pas dans son œuvre à mettre l’accent sur les habits traditionnels et les éléments annexes mais plutôt à laisser la place aux visages, aux expressions, aux individualités. Ses portraits sont ainsi très expressifs, à l’image de sa photographie de Flying Hawk, un guerrier oglala lakota : elle montre le ressentiment d’un homme ayant vu et vécu guerres et massacres et désormais contraint de se produire en spectacle pour éviter une vie de misère dans une réserve.

Les photos réalisées par Gertrude à cette période sont parmi ses plus célèbres ; elles contribuent à sa renommée, ainsi qu’à celle de ses sujets, Flying Hawk et Iron Tail en particulier.

Au sommet de sa carrière

En 1888, cinq œuvres de Gertrude Käsebier sont publiées dans la revue Camera Notes. Elle y est saluée comme “beyond dispute, the leading artistic portrait photographer of the day.” (la meilleure photographe portraitiste actuelle, sans aucun doute). Le photographe et critique Joseph Keiley dit d’elle :  « a year ago Käsebier’s name was practically unknown in the photographic world…Today that names stands first and unrivaled… » (il y a un an, le nom de Käsebier était presque inconnu dans le monde de la photographie. Aujourd’hui, ce nom est le premier, et sans rival).

La même année, sa photographie The Manger (la crèche), montrant une femme et un bébé, est vendue pour 100 $ : c’est alors la somme la plus importante jamais payée pour une photographie. Son travail rencontre un double succès, artistique et commercial. Désormais au sommet de son art, Gertrude récolte les honneurs et obtient diverses publications et expositions. Elle voyage en Europe, où elle photographie notamment Auguste Rodin.

Gertrude Käsebier, The Manger

Engagée pour les femmes dans la photographie

Gertrude Käsebier continue à promouvoir la place des femmes dans le monde artistique et professionnel de la photographie. En 1908, avec d’autres femmes comme Belle Johnson et Mary Carnell, elle crée la Women Federation de la Photographic Association of America ; elle en sera présidente. Elle aidera à établir la Women’s Professional Photographers Association of America.

Outre ses engagements, Gertrude sera également une figure d’inspiration pour de nombreuses jeunes femmes dans le monde de la photographie, tant pour ses talents artistiques que pour son indépendance de femme d’affaires. Elle inspirera notamment Clara Sipprell, Consuelo Kanaga ou encore Laura Gilpin.

Fin de carrière

En 1910, le mari de Gertrude Käsebier meurt. Veuve, elle se retrouve également plus libre de poursuivre sa carrière comme elle l’entend. Dans les années 1910 et 1920, elle développe ses activités de portraitiste, prenant en photo de nombreuses personnes influentes de son temps. Elle est rejointe par sa fille Hermine Turner.

Gertrude consacre également de nombreuses photographies au thème de la maternité, avec un accent particulier mis sur le lien entre la mère et l’enfant.

En 1929, une exposition importante est consacrée au travail de Gertrude au Brooklyn Institute of Arts and Sciences. La même année, à l’âge de 77 ans, elle cesse complètement son activité de photographe.

Gertrude Käsebier meurt en octobre 1934, chez sa fille Hermine Turner, après avoir été l’une des photographes les plus influentes de son temps.

Œuvres

Liens utiles

Page wikipédia de Gertrude Käsebier (anglais)
Gertrude Käsebier – Moma

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