Gisèle Halimi, avocate des droits humains

(Avertissement : torture, violences sexuelles)

Avocate et militante féministe franco-tunisienne, Gisèle Halimi (1927 – 2020) est une figure importante de la lutte pour les droits des femmes, notamment à travers le procès de Bobigny et le procès d’Aix-en-Provence.

Un caractère déterminé

Cette photographie est un portrait de Gisèle Halimi en 2008.  Elle est assise, porte un haut blanc et une veste bleue sur les épaules. Ses coudes sont posés sur une table devant elle. Elle sourit.
Gisèle Halimi en 2008

Fille de Fortunée Metoudi, séfarade, et d’Edouard Taïeb, berbère, Zeiza Taïeb naît le 27 juillet 1927 près de Tunis ; elle grandit au sein du protectorat français de Tunisie. Ses parents, qui espéraient un garçon, réagiront différemment à sa naissance ; Zeiza témoignera ainsi par la suite que sa mère ne l’aimait pas et favorisait ses frères, tandis que son père l’aimait tendrement. Ce désamour maternel et cette déception parentale seront fondateurs dans le féminisme de la fillette ; comme son enfance au sein d’une colonie française nourrira son engagement pour la décolonisation.

Zeiza manifeste dès le plus jeune âge son opposition aux inégalités et aux différences de traitement entre ses frères et elle, en particulier dans le domaine des tâches ménagères. Elle s’élève ainsi contre le fait de devoir servir à table les membres masculins de la famille. Particulièrement déterminée, elle va jusqu’à recourir à plusieurs reprises à la grève de la faim : pour avoir le droit de lire, à dix ans, et pour ne plus devoir faire le lit de son frère, à treize ans. Elle obtient gain de cause. Dans le domaine des études, Zeiza se révèle brillante. Et elle entend bien les mener à bout : à quinze ans, elle refuse un mariage arrangé pour continuer ses études en France continentale.

En pleine période coloniale, Zeiza étudie le droit et la philosophie à l’actuelle université Panthéon-Sorbonne et suit une formation à l’Institut d’études politiques de Paris, tout en travaillant pour payer ses études. Malgré le sexisme, le racisme et l’antisémitisme auquel elle fait face en tant que femme d’origine berbère et séfarade, elle obtient son diplôme d’avocat en 1948, à l’âge de 21 ans. L’année suivante, Zeiza épouse Paul Halimi, avec qui elle aura deux fils ; elle prend le nom sous lequel elle se fera connaître, Gisèle Halimi. Un nom qu’elle gardera après son divorce, et après son remariage en 1961.

L’avocate des indépendantistes

Gisèle commence sa carrière à Tunis, où elle s’occupe de petites affaires et défend notamment des indépendantistes tunisiens. Elle même s’engage pour la décolonisation, de la Tunisie mais aussi de ses voisins et en particulier l’Algérie. Avocate au procès d’El Ali, elle est témoin de la répression et de l’usage de la torture en Algérie ; son travail lui vaudra des menaces de mort. Depuis Paris où elle s’installe en 1956, juste avant l’indépendance de la Tunisie, Gisèle continue à s’élever contre cette dernière et à défendre les indépendantistes et le Front de Libération National (FLN). En 1956, elle est l’avocate de dizaine de militants et militantes condamnés sur la base d’aveux extorqués.

En 1960, Gisèle devient l’avocate de Djamila Boupacha, une militante de l’indépendance algérienne accusée d’avoir posé une bombe, emprisonnée clandestinement pendant un mois, violée et torturée. Pour la défendre, elle porte plainte contre le commandant supérieur des forces armées en Algérie et contre le ministre des Armées, et s’emploie à démontrer que les aveux de la jeune militante, obtenus sous la torture, ne sont pas valables. Avec l’aide de Simone de Beauvoir qui rédige une tribune dans le Monde, Gisèle médiatise l’affaire pour faire éclater la vérité. Un comité de défense de Djamila Boupacha, présidé par Simone de Beauvoir, est créé, comprenant notamment Germaine Tillion, Geneviève de Gaulle-Anthonioz et Aimé Césaire. La militante est condamnée à mort en juin 1961, puis amnistiée en 1962 dans le cadre des accords d’Évian.

La lutte pour les droits des femmes

Féministe dans l’enfance, Gisèle Halimi le reste dans sa vie d’adulte et dans sa carrière. Engagée dans des mouvements féministes, elle s’engage pour la dépénalisation de l’avortement et contre les violences faites aux femmes. En 1971, elle fait ainsi partie des signataires du manifeste des 343 femmes ayant déclaré avoir avorté, à une époque où l’avortement est illégal en France. Elle s’engage également à assurer la défense des signataires du manifeste en cas d’inculpation.

L’engagement de Gisèle se manifeste également à travers deux procès en particulier, deux affaires douloureuses au retentissement important. Ainsi du procès de Bobigny, en 1972 : Gisèle y défend une jeune fille de seize ans, Marie-Claire, qui a avorté après avoir été violée, ainsi que son entourage qui l’y a aidée. L’avocate se lance dans cette affaire avec l’objectif non seulement de défendre la victime et ses proches, mais également de mettre au premier plan la lutte pour la dépénalisation de l’avortement. Marie-Claire est relaxée, sa mère condamnée mais dispensée de peine. Le procès de Bobigny sera un pas important vers la loi Veil dépénalisant l’avortement en 1974.

Important également est le procès d’Aix-en-Provence, en 1978. Gisèle est l’une des trois avocates représentant un couple de deux jeunes lesbiennes belges, victimes d’un viol collectif et de tortures de la part de trois hommes. L’affaire est portée devant les assises. Médiatisé, le procès se transforme à son tour en tribune politique contre les violences sexuelles, malgré des dissensions entre Gisèle et les milieux féministes sur les méthodes d’action. Les débats sont houleux et violents et victimes et avocates sont prises à partie à la cour comme en dehors ; Gisèle sera giflée. Mais les trois violeurs sont finalement condamnés à six et quatre ans de prison. Le procès contribuera à son tour à l’adoption d’une loi renforçant la répression du viol.

Femme politique et écrivaine

Parallèlement à ses engagements féministes, Gisèle Halimi s’investit progressivement en politique. Dès 1965, elle participe au Mouvement démocratique féminin, et soutient la candidature de François Mitterrand aux élections présidentielles de 1965. En 1978, avec son association Choisir, elle présente cent femmes aux élections législatives ; une tentative qui se solde par un échec.
En 1981, Gisèle soutient à nouveau la candidature de François Mitterrand, qui cette fois est élu président. Pour les élections législatives, elle cherche à se porter candidate sous l’étiquette du Parti Socialiste ; elle est élue députée en Isère, malgré la réticence des militants locaux. La même année, Gisèle est rapporteuse d’un projet de loi visant à abolir une distinction discriminatoire dans l’âge de la majorité sexuelle entre relations hétérosexuelles et homosexuelles – avec une majorité sexuelle fixée à 21 ans pour ces dernières. Au cours de sa vie politique, elle s’engage également pour la parité et pour un meilleur accès des femmes aux fonctions politiques.

Gisèle démissionne de son poste de députée en 1984. Un temps chargée de mission auprès du ministre des relations extérieures, elle occupera également des fonctions auprès de l’UNESCO et de l’ONU, notamment celles d’ambassadrice de la France auprès de l’UNESCO et de rapporteuse pour la parité entre hommes et femmes en politique pour l’ONU. En 1995, elle contribue à la création puis travaille au sein de l’Observatoire de la parité entre les femmes et les hommes, mais le travail exercé au sein de cet organisme ne rencontre pas d’écho.

A la suite de ses engagements politiques, Gisèle reprend sa vie d’avocate et décide de se consacrer à une autre passion : l’écriture. Elle publie ainsi quinze livres, dont des ouvrages consacrés à ses affaires les plus emblématiques mais également un texte dédié à sa mère et un ouvrage consacré à la Kahena, une guerrière berbère du VIIe siècle.

Pour ses multiples engagements et sa carrière d’avocate, Gisèle Halimi reçoit de nombreuses récompenses ; elle est notamment faite chevalière, officière puis commandeure de la Légion d’honneur en 2012. En 2009, elle est faite commandeure de l’ordre national du Mérite.

Gisèle Halimi meurt en juillet 2020, à l’âge de 93 ans.

Liens utiles

Page Wikipédia de Gisèle Halimi
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