Annie Cohen Kopchovsky, aventurière à vélo

Annie Cohen Kopchovsky, aussi connue sous le nom d’Annie Londonderry (1870–1947), est la première femme à réaliser un tour du monde à bicyclette. L’exploit lui prend quinze mois.

Jeune épouse et mère

Cette image est une photographie en buste d'Annie Londonderry - Annie Cohen Kopchovsky. Vêtue d'une chemise blanche, elle porte un chignon élaboré et un chapeau et regarde vers la gauchhe.

Fille de Beatrice et Levi Cohen, Annie Cohen naît en 1870, probablement à Riga en Lettonie d’où est originaire sa famille. Ses parents émigrent pour Boston en 1875 avec leurs trois enfants, Annie, sa sœur et son frère aînés, Sarah et Bennett. Alors âgée de quatre ou cinq ans, Annie devient une citoyenne américaine. Deux autres enfants, Jacob et Rosa, rejoignent plus tard la famille.

On connaît très peu de choses de l’enfance d’Annie. Lorsqu’elle est âgée de seize ou dix-sept ans, son père puis sa mère meurent à deux mois d’écart, laissant derrière eux cinq orphelins. Sarah, l’aînée, déjà mariée, a quitté la maison et Bennett et Annie se retrouvent en charge de leurs jeunes frère et sœur. Les deux se marient rapidement, et leurs conjoints respectifs s’installent avec eux. À dix-huit ans, Annie épouse Simon Kopchovsky, surnommé Max, un colporteur. Ils auront trois enfants en quatre ans : Bertha Malkie, surnommée Mollie, Libbie et Simon. Commerciale, Annie vend des espaces publicitaires pour plusieurs quotidiens de Boston.

Un pari ?

L’histoire veut qu’Annie Cohen Kopchovsky se soit lancée dans la folle aventure d’un tour du monde à bicyclette, impensable pour une femme à l’époque, à la suite d’un pari. En 1894, deux hommes fortunés de Boston auraient pris le pari, à 20 000 $ contre 10 000 $ – des sommes très conséquentes -, qu’aucune femme ne pourrait effectuer un tour du monde à bicyclette en quinze mois. À la clef : 5 000 $ pour l’aventurière en question. Annie, qui n’avait alors pas un sou en poche, aurait relevé le défi.

L’existence de ce pari est cependant remise en question ; les noms des deux parieurs n’ont notamment jamais été mentionnés. L’histoire, en revanche, aurait pu être romancée pour attirer la curiosité autour de l’expédition d’Annie. La publicité autour de ce tour du monde aurait également pu bénéficier à la Pope Manufacturing Company, productrice de vélos et fournisseuse d’un modèle utilisé par Annie ; sept ans plus tôt, la compagnie avait déjà fourni la bicyclette sur laquelle Thomas Stevens était devenu le premier homme à faire un tour du monde à vélo.

Les femmes à vélo

Pour une femme, l’aventure est sociétale presque autant que physique. Apparu en 1817, le vélo commence à séduire progressivement les femmes – et d’abord les femmes aisées – depuis les années 1860. Une tendance et une liberté nouvelles qui ne vont pas sans heurts : à l’époque, il est en effet souvent jugé inconvenant pour une femme de se déplacer à bicyclette. Des médecins s’alarment de ce que le vélo puisse nuire à la fertilité des femmes et occasionner chez elles des problèmes de santé en tous genres.

Malgré ces réticences, l’usage se répand et les femmes sont de plus en plus nombreuses à profiter de la liberté de circulation et de l’indépendance nouvelles offertes par le vélo, et encouragées par les fabricants. Même les tenues se modifient, pour offrir aux cyclistes plus de mobilité et de liberté de mouvement. La tendance, à la fin du 19e siècle, est telle que la militante suffragiste américaine Susan B. Anthony ira jusqu’à déclarer en 1896 que « la bicyclette a fait plus pour l’émancipation des femmes que n’importe quelle chose au monde. Je persiste et je me réjouis chaque fois que je vois une femme à vélo.»

Le grand départ

Malgré cet engouement nouveau, Annie Cohen Kopchovsky est une candidate improbable pour cet exploit : elle n’a tout simplement jamais fait de vélo. À une époque où on considère que la place des femmes est au sein du foyer, elle est en outre une épouse et la mère de trois enfants en bas âge. Aucun de ces obstacles ne décourage pourtant Annie : elle prépare son voyage, et trouve un sponsor auprès de la Londonderry Lithia Spring Water Company, en acceptant notamment pour la durée de l’exploit de porter le nom d' »Annie Londonderry ».

Le 25 juin 1894, vêtue d’une jupe longue, sans argent et munie, pour tout bagage, de quelques habits de rechange et d’un revolver à manche de nacre, Annie quitte Boston sur une bicyclette de femme Columbia ; elle est encouragée par une foule d’environ 500 personnes qui assiste au début de son voyage. Après New York, elle prend la direction de l’ouest pour rejoindre Chicago puis San Francisco.

Cette photographie montre Annie Londonderry debout, vêtue d'une longue robe sombre et d'un chapeau à ruban, tenant par le guidon un vélo. Elle est devant un arrière-plan montrant un escalier monumental et des arbres.

Premières déconvenues

Sur son trajet vers Chicago, Annie Londonderry suit des itinéraires indiqués dans des guides touristiques, avec des indications précises ainsi que des lieux pour s’arrêter manger et dormir ; elle parvient ainsi à parcourir entre 13 et 16 kilomètres par jour – une distance à rapporter aux infrastructures et aux équipements de l’époque. Parvenue à Chicago, pourtant, elle qui est d’une carrure menue a déjà perdu neuf kilos et le découragement la guette. En outre, l’hiver qui approche rend trop dangereuse la traversée des montagnes vers l’ouest, vers San Francisco, et Annie, au lieu de se laisser abattre, décide de changer d’itinéraire ; repartant en arrière, elle retourne à New York pour y embarquer pour la France.

Sur le trajet, Annie rencontre l’entreprise Sterling Cycle Works, qui parraine son voyage et lui offre un modèle Expert E Light Roadster, sans frein mais bien plus léger et maniable que son vélo initial. Annie troque en outre sa jupe longue peu commode pour une culotte bouffante, puis pour un costume d’équitation masculin. Ainsi équipée, elle peut poursuivre son périple dans de meilleures conditions. En novembre, elle embarque sur Le Touraine en direction du Havre ; il ne reste alors plus que onze mois sur les quinze prévus initialement pour accomplir son tour du monde.

Le tour du monde en vélo

Au Havre, Annie Londonderry se heurte à de nouvelles difficultés : son vélo est confisqué par la douane et elle doit faire face à l’hostilité de la presse concernant son apparence physique et vestimentaire. Elle parvient à se sortir de cette situation et rallie Marseille en deux semaines, malgré la météo difficile et un pied bandé, calé sur son guidon pendant qu’elle roule, en raison d’une blessure. De Marseille, Annie prend le bateau pour Alexandrie puis enchaîne les étapes en se déplaçant en bateau et à vélo.

Après l’Égypte, Annie passe notamment par le Yémen, le Sri Lanka, Singapour, Saïgon, Hong Kong, Nagasaki et Kobe avant de reprendre le bateau, en mars 1895, en direction de San Francisco. De là, elle part en direction de Los Angeles et traverse l’Arizona et le Nouveau-Mexique. Dans le Nebraska, en raison de routes trop boueuses, elle effectue certaines étapes en train. Enfin, elle parvient au terme de son tour du monde, à Chicago, le 12 septembre 1895. Elle a deux semaines d’avance sur son objectif de quinze mois, et collecte son prix.

La vie après la célébrité

En octobre 1895, Annie Londonderry publie son récit de voyage dans le New York World qui l’intitule « the Most Extraordinary Journey Ever Undertaken by a Woman » (« le voyage le plus extraordinaire jamais réalisé par une femme »). Elle donne des conférences et écrit sur ses aventures, n’hésitant pas, en excellente commerciale et conteuse d’histoires, à embellir les faits voire à carrément inventer des anecdotes pour augmenter sa popularité ; elle l’avait déjà entrepris lors de son voyage, se présentant parfois comme une riche orpheline, comme une étudiante en médecine ou encore comme la nièce d’un sénateur. De retour aux États-Unis, Annie invente des anecdotes autour d’une chasse aux tigres en Inde ou d’un séjour en prison au Japon. Elle effectue également des démonstrations de cyclisme et vend des photos d’elle ou encore des objets souvenirs et des autographes.

Pendant un temps, elle est mise en avant par les mouvements féministes, pour son aventure démontrant que les femmes sont capables d’autant que les hommes. Malgré son talent de conteuse, l’exploit d’Annie Cohen Kopchovsky finit par retomber dans l’oubli et sa popularité se fane. Elle meurt dans l’oubli et le dénuement en 1947.

Liens utiles

Page Wikipédia d’Annie Cohen Kopchovsky (anglais)
Annie Cohen Kopchovsky
Le vélo, l’invention qui émancipa les femmes

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