Kenojuak Ashevak, artiste inuite

Kenojuak Ashevak (1927 – 2013) est une artiste inuite canadienne qui pratique le dessin, la gravure et la sculpture. Elle est connue en particulier pour ses représentations d’oiseaux stylisés.

Une jeune orpheline

Ce photographie montre l'artiste Kenojuak Ashevak à l'âge de 70 ans. Ses cheveux grisonnants sont tirés en arrière. Elle regarde directement la caméra et sourit.
Kenojuak Ashevak en 1997 – © Ansgar Walk

Fille de Silaqqi et d’Ushuakjuk, un chaman respecté, Kenojuak Ashevak naît le 3 octobre 1927 dans un igloo, dans un camp inuit à Ikirasaq, sur la côte sud de l’île de Baffin, dans l’archipel Arctique du Canada. Son nom lui vient de celui de son grand-père maternel décédé ; une tradition qui veut qu’ainsi l’amour et le respect accordés au défunt soient désormais transférés à la fillette. Elle a un frère et une sœur.

Kenojuak naît et grandit à une période où le statut des Inuits – alors appelés « Esquimaux », un exonyme aujourd’hui jugé insultant – est âprement discuté à la Chambre des communes du Canada. Il s’agit en particulier de déterminer si les Inuits sont ou non citoyens du Canada, et s’ils sont en non englobés dans l’Indian Act (la loi sur les « Indiens ») ; gouvernement fédéral et gouvernements provinciaux se renvoient la balle pour ne pas avoir à en porter la responsabilité. Bien que n’ayant pas le statut d' »Indien », les Inuits connaissent comme eux des pratiques de sédentarisation forcée, de déplacements et d’assimilation culturelle.

Kenojuak perd son père très jeune. Ushuakjuk, dont elle se souvient comme d’un homme bon, bienveillant et savant, capable de prédire le temps et les bonnes saisons de chasse, entre en conflit avec des chrétiens convertis. La fillette n’a que six ans lorsque son père est assassiné par des ennemis, en 1933, dans un campement de chasse. Après sa mort, Kenojuak, sa mère et ses frères et sœurs s’installent chez la mère de Silaqqi, Koweesa. Celle-ci transmet à sa petite-fille du savoir-faire traditionnel, notamment la préparation de peaux de phoque pour le commerce et la réalisation de vêtements imperméables.

Débuts d’artiste

Lorsque Kenojuak Ashevak atteint l’âge de 19 ans, sa mère et son beau-père, Takpaugni, arrangent pour elle un mariage avec un chasseur inuit de quatre ans son aîné, Johnniebo Ashevak. Kenojuak tente d’abord de résister à ce mariage contraint ; elle témoigne que, dans un premier temps, elle lui jetait des cailloux quand il s’approchait d’elle. Par la suite, elle finira par l’aimer pour sa gentillesse, sa douceur et son intérêt pour l’art ; le couple aura onze enfants – Kenojuak en adoptera cinq autres, une pratique traditionnelle inuite -, dont beaucoup mourront dans l’enfance. Avec son époux, elle collaborera sur de nombreux projets artistiques.

En 1950, une infirmière de la santé publique arrive dans le village de Kenojuak et examine la population, notamment sur la tuberculose. Le test de Kenojuak étant positif, elle est envoyée contre son gré dans un hôpital de Quebec, dans lequel elle est gardée pendant trois ans, de 1952 à 1955. Elle venait alors de donner naissance à un enfant, dont elle est séparée de force et qui est confié à une famille voisine. Plusieurs de ses enfants meurent alors qu’elle est retenue à l’hôpital. Là-bas, Kenojuak rencontre Harold Pfeiffer, qui enseigne l’art aux patients pour leur permettre de passer le temps et de gagner un peu d’argent.

Quand elle rentre enfin chez elle, Kenojuak continue de se former à l’art, à la vente de poupées et d’artisanat en peau de phoque puis à la gravure, à la sculpture et au dessin ; Johnniebo expérimente l’art lui aussi. Kenojuak travaille au graphite, aux crayons de couleur, aux feutres, parfois à l’aquarelle ou à l’acrylique. En 1958, sa première gravure, Rabbit Eating Seaweed, est réalisée à partir d’un design qu’elle a créé pour un sac en peau de phoque. L’année suivante, elle crée, avec d’autres Inuits de Cape Dorset, la West Baffin Eskimo Cooperative, un atelier pour les artistes inuits. 

Cette image montre un timbre réalisé pour le centenaire des Territoires du Nord-Ouest canadien, reprenant le dessins The enchanted owl de Kenojuak Ashevak. Le dessin montre un oiseau stylisé de profil, aux très longues plumes rouges et noires.
Timbre reprenant le dessins The enchanted owl – © Kenojuak Ashevak

Notre terre

Kenojuak Ashevak connait rapidement le succès, avec son sens du design et le style très personnel de ses créations, et ses dessins sont présentés dans des expositions d’artistes inuits. En 1963, elle est le sujet du documentaire « Eskimo Artist : Kenojuak », produit par l’Office national du film du Canada, qui s’intéresse à son art autant qu’au mode de vie traditionnel de sa famille. L’argent gagné avec le film permet à Johnniebo de se procurer un canoë, de devenir un chasseur indépendant et de mieux pouvoir subvenir aux besoins de la famille et des enfants. Johnniebo meurt en 1972 et Kenojuak se remarie avec Etyguyakjua Pee. Après la mort de son deuxième époux en 1977, elle se remarie avec Joanassie Igiu.

En 1970, la poste canadienne place la gravure The Enchanted Owl de Kenojuak, réalisée en 1960, sur un timbre. En 1974, elle est élue membre de l’Académie royale des arts du Canada. Elle réalise divers dessins pour des timbres et des pièces, en particulier pour célébrer la création du Nunavut (signifiant « notre terre » en inuktitut), troisième territoire fédéral du Canada créé en 1999. En 2004, elle crée le premier vitrail au design inuit pour la John Bell Chapel à Oakville.

Kenojuak Ashevak meurt le 8 janvier 2013 à Cape Dorset au Nunavut, à l’âge de 85 ans.

Cette photographie montre un vitrail designé par Kenojuak Ashevak. Sur fond bleu, le vitrail représente un oiseau stylisé aux longues plumes surplombant un poisson nageant dans l'eau.

Vitrail de Kenojuak Ashevak pour la John Bell Chapel à Oakville. Photo © Ansgar Walk

Liens utiles

Page Wikipédia de Kenojuak Ashevak en anglais
Kenojuak Ashevak (anglais)
Kenojuak Ashevak – L’encyclopédie canadienne

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