Caterina Sforza, comtesse et femme de pouvoir

Comtesse italienne, Caterina Sforza (1463 – 1509) est une femme de pouvoir et d’influence dans l’Italie du 15ème siècle. Elle s’est illustrée aussi bien par sa détermination et son courage, que par son intransigeance voire sa cruauté dans certaines circonstances.

A la cour de Milan

Née à Milan en 1463, Caterina Sforza est la fille illégitime de Lucrezia Landriani, déjà mariée, et du duc de Milan Galeazzo Maria Sforza. Elle a vraisemblablement passé ses premières années auprès de la famille de sa mère, qui suit de près son enfance et noue des liens privilégiés avec sa fille. Ses parents ont déjà un fils et auront, au cours des années suivantes, un fils et une fille.

Quand le père de Galeazzo meurt, le nouveau duc s’arrange pour que ses quatre enfants illégitimes rejoignent la cour, sous la garde de leur grand-mère paternelle Bonne de Savoie, seconde épouse de Galeazzo, légitime les enfants en les adoptant. Auprès de leur mère adoptive, les enfants reçoivent chaleur et affection. A la cour, ils bénéficient d’une éducation de qualité, des langues à l’art du gouvernement.

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Une ascension fulgurante

En 1473, à l’âge de dix ans, Caterina est fiancée puis mariée à Girolamo Riario, neveu du pape Sixte IV. Le mariage aurait été consommé à l’âge légal de l’époque, quatre ans plus tard. En 1477, Caterina s’installe à Rome avec son mari qui se met au service de son oncle le pape ; en mars 1478, à 15 ans, la jeune fille donne naissance à sa première fille, Bianca. Elle aura cinq autres enfants.

A Rome, Caterina découvre une ville d’effervescence intellectuelle, culturelle et politique. Girolamo n’autorise pas sa jeune épouse à se mêler de politique, mais le caractère très sociable et extraverti de Caterina lui ouvre rapidement les portes de l’aristocratie romaine. Elégante et cultivée, elle est louée par tous, y compris par le pape, et devient à mesure qu’elle grandit une femme influente dans les cours d’Italie. Comme celui de son épouse, le pouvoir et l’influence de Girolamo croissent auprès du pape. En 1480, Sixte IV le fait seigneur de Forlì.

La révolte

En août 1484, la mort du pape bouleverse les vies bien établies de Caterina et de son mari. Des révoltes éclatent dans les rues de Rome et des insurgés envahissent et pillent les résidences des soutiens de Sixte IV. Le palais Orsini, résidence de Girolama, est mis à sac et pratiquement détruit. Alors enceinte de sept mois, Caterina se rend à cheval au Château-Saint-Ange pour occuper la forteresse au nom de son époux. De là, assurée de l’obédience des soldats et grâce à l’artillerie du château, elle contrôle le Vatican et le conclave.

Devant le refus de Caterina de céder la forteresse à qui que ce soit d’autre que le nouveau pape, le Collège des cardinaux négocie avec Girolamo son départ de Rome en échange de conditions avantageuses, parmi lesquelles la confirmation de son titre de seigneur d’Imola et Forlì, et 8 000 ducats en réparation des dégats faits à sa résidence. En réaction au départ de son mari, Caterina double le nombre de soldats pour forcer les cardinaux à négocier avec elle, mais son mari prend alors position contre elle. En octobre, Caterina est obligée de quitter la forteresse et Rome, et le conclave élit le pape Innocent VIII.

Conspiration des Orsis

En 1485, Girolamo est forcé de lever des taxes pour remplir les caisses de la ville, et cet impôt jugé excessif le rend très impopulaire. Ses ennemis conspirent pour le remplacer par le fils illégitime d’Innocent VIII et, en 1488, Girolamo est assassiné sur ordre de la famille Orsis. Son palais est pillé, sa femme et ses enfants faits prisonniers.

La forteresse de Ravaldino, cruciale pour le système de défense de la ville de Rome refuse de se rendre aux Orsis. Pour obtenir sa libération, Caterina offre de les convaincre de se rendre et laisse ses enfants en otage. Une fois libre au sein de la forteresse, elle envoie à ses anciens geôliers insultes et menaces de vengeance. Aux menaces de mort pesant sur ses enfants, elle aurait répondu : « faites-le si vous voulez, pendez-les devant moi… j’ai ce qu’il faut pour en faire d’autres ! ». Choqués, les Orsis ne touchent pas à ses enfants. Avec l’aide de son oncle, Caterina défait ses ennemis et reprend possession de ses domaines, devenant régente de Forli au nom de son fils aîné Ottaviano.

La première action de Caterina en tant que régente est d’ordonner l’arrestation de tous les membres de la conspiration des Orsis, pour venger la mort de son mari. Elle consolide son pouvoir en nouant des alliances avec les seigneurs voisins et en cherchant des mariages pour ses enfants. Impliquée dans tous les aspects du gouvernement de son domaine, elle baisse les impôts, réduit les dépenses, et s’efforce de ramener la paix et l’ordre.

Giacomo Feo

En 1488, Caterina épouse Giacomo Feo, le frère du châtelain de la forteresse de Ravaldino dont elle est tombée amoureuse. De peur de perdre la régence et la garde de ses enfants, elle garde cette union secrète. Giacomo devient châtelain de Ravaldino à la place de son frère et son pouvoir et son influence augmentent, au détriment d’Ottaviano. Une première conspiration vise à prendre la forteresse au nom d’Ottaviano et d’assassiner Caterina et Giacomo, mais la comtesse démasque le complot et fait emprisonner ses instigateurs.

En août 1495, des soutiens d’Ottaviano et des enfants de Caterina montent une nouvelle conspiration ; ils attaquent et blessent mortellement Giacomo. La vengeance de Caterina, très amoureuse de son mari, est terrible. Elle ne se contente pas d’exécutions ; la mort des conspirateurs doit être cruelle et douloureuse. Elle poursuit aveuglément leurs femmes, leurs maîtresses et leurs enfants, et les fait exécuter. Ce massacre lui fait perdre définitivement le respect de son peuple.

Les guerres d’Italie

En septembre 1497, Caterina épouse l’ambassadeur de la république de Florence, Giovanni de’ Medici il Popolano, membre de la famille Médicis. Ce remariage se fait encore en secret, mais a cette fois l’approbation des enfants de Caterina. Le mariage ne durera pas longtemps ; Giovanni meurt de maladie un an plus tard, quelques mois après la naissance de son fils.

A cette période, les tensions s’exacerbent entre Florence et Venise ; occupant la route principale entre les deux villes et alliée de Florence, Caterina prépare sa défense contre les Vénitiens. Elle se charge elle-même de l’entraînement militaire des troupes et lève des fonds pour financer son armée. Elle tient tête aux armées ennemies, si bien que les Vénitiens doivent trouver une autre route pour se rendre à Florence. Cette défense acharnée vaudra à Caterina le surnom de « La Tigresse« .

Le roi de France Louis XII ajoute ses prétentions sur le duché de Milan au conflit, et obtient le soutien de la république de Venise et du pape Alexandre VI. En 1499, il pénètre avec son armée en Italie. Caterina cherche du soutien auprès de ses alliés pour se défendre, mais Florence est menacée par le pape et la comtesse se retrouve isolée. Elle renforce ses défenses, accumule armes, munitions et provisions, et renvoie ses enfants. César Borgia prend possession d’Imola, puis de Forli, et assiège Ravaldino où Caterina s’est réfugiée.

Prisonnière du pape

Isolée dans sa forteresse, la comtesse refuse toutes les offres de paix et inflige, avec son artillerie, de lourdes pertes à l’armée française. La résistance de Caterina lui vaut l’admiration générale, mais l’artillerie de César Borgia finit par créer des brèches dans les murailles et son armée s’engouffre dans la forteresse. Armes à la main, Caterina résiste jusqu’à être capturée, et emprisonnée au Château-Saint-Ange.

Pour justifier l’emprisonnement de Caterina, Alexandre VI l’accuse d’avoir tenté de l’assassiner par des lettres empoisonnées. Son procès ne s’achèvera pas ; Caterina est libérée en juin 1501 par l’armée française, après avoir signé des documents de renonciation à l’ensemble de ses domaines. Libérée, Caterina rejoint ses enfants à Florence.

A la mort d’Alexandre VI, Caterina réclame au nouveau pape la restauration de son pouvoir sur Imola et Forli, pour elle et son fils Ottaviano ; le pape y est favorable, mais la population s’y oppose et Caterina ne parvient pas à récupérer ses terres. Après cet échec, elle se consacre à ses enfants et à ses petits-enfants, comme à son intérêt pour l’alchimie.

En mai 1509, Caterina meurt de pneumonie à l’âge de 46 ans.

Liens utiles

La page Wikipédia de Catherine Sforza
La page Wikipédia de Caterina Sforza en anglais (plus complète)

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