Olivia Hooker, en quête de justice

Première femme noire à intégrer les United States Coast Guard (garde côtière des États-Unis), Olivia J. Hooker (1915 – 2018) devient psychologue et professeure. Survivante du massacre de Tusla, elle cherchera toute sa vie à obtenir justice.

Cette photographie montre Olivia Hooker à l'âge de 97 ans. Ses cheveux blancs sont courts. Elle porte une veste grise et un foulard vert et bleu. Regardant vers la droite, elle a un large sourire.
Olivia Hooker à 97 ans – Photo Thomas McKenzie / Coast Guard

Le massacre de Tulsa

Olivia J. Hooker naît à Muskogee dans l’Oklahoma le 12 février 1915 ; elle est l’une des cinq enfants d’Anita J. Hooker, ancienne institutrice, et Samuel D., homme d’affaire. Sa famille s’installe à Tulsa, dans l’Oklahoma, au sein du quartier de Greenwood qui accueille de nombreux commerces et services tenus et possédés par des Afro-américains.

Olivia n’a que six ans lors qu’éclate le massacre de Tulsa. En mai 1921, Dick Rowlan, un cireur de chaussures noir est accusé d’avoir agressé Sarah Page, une jeune fille blanche, et mis en détention. La rumeur qu’il va être lynché se répand dans la ville, et une foule d’hommes noirs offre ses services au shériff pour le protéger. Le shériff refuse. En réaction, une foule blanche s’arme et s’assemble devant le poste de police. L’origine du premier coup de feu n’est pas claire ; il aurait pu être accidentel, ou voulu comme un avertissement. Il déclenche une fusillade.

Une douzaine de personnes meurent lors de ce premier affrontement. Alors  que le groupe d’hommes noirs bat en retraite vers le quartier de Greenwood, les émeutiers blancs les suivent. Ils pillent des magasins d’armes et de munitions, tirent au hasard dans la foule, mettent le feu à des commerces et des habitations, sèment la terreur et le chaos. Le massacre se poursuit jusqu’au lendemain, faisant 36 morts selon le décompte officiel de 1921 et entre 100 et 300 d’après le rapport final de 2001. 800 personnes sont admises à l’hôpital, et les incendies jettent 8 000 résidents noirs à la rue. 6 000 habitants noirs de Greenwood seront arrêtés et détenus.

Au cours du massacre, des membres du Ku Klux Klan pillent la maison d’Olivia, alors qu’elle et ses frères et sœurs se cachent sous une table pour leur échapper. Après les émeutes, comme de nombreux survivants, la famille d’Olivia quitte Tulsa et part s’installer à Columbus, dans l’Ohio. Les événements marquent profondément Olivia, qui mettra du temps à retrouver le sommeil.

Première Afro-américaine dans les Coast Guard

Cette photographie en noir et blanc montre deux femmes noires souriantes en uniforme de coast guard des Etats-Unis, debout sur un escalier à bord d'un bateau. Olivia Hooker est devant, Aileen Anita Cooks derrière.
Olivia Hooker (devant) et Aileen Anita Cooks.

À Columbus, Olivia commence des études. Elle obtient un diplôme en arts à l’université d’État de l’Ohio en 1937. Elle y rejoint la sororité Delta Sigma Theta, dédiée aux étudiantes noires et au sein de laquelle elle milite pour que les Afro-américaines puissent être admise dans la Navy.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, Olivia postule pour les WAZES – Women Accepted for Volunteer Emergency Service (« Femmes acceptées pour le service d’urgence volontaire »), la branche féminine de l’US Navy. Sa candidature est rejetée, pour la seule raison qu’elle est noire. Olivia décide alors de rejoindre la branche féminine de la United States Coast Guard (« Garde côtière des États-Unis ») ; en février 1945, elle est la première femme noire à devenir garde côtière aux États-Unis.

Après des semaines de formation, Olivia est envoyée à Boston où elle accomplit des tâches administratives et obtient le grade de Yeoman Second Class. Après la guerre, en juin 1946, la branche féminine des United States Coast Guard Women’s Reserve est dissoute et Olivia retourne à la vie civile avec un grade de petty officer 2nd class (maître de 2nde classe) et un prix pour bonne conduite.

Psychologue et professeure

Avec ses économies, Olivia reprend ses études et obtient en 1947 une maîtrise du Teachers College de l’Université de Columbia. Après son diplôme, elle travaille quelques temps dans une prison féminine à Albion, auprès de femmes considérées comme ayant une déficience intellectuelle. Persuadée qu’elles sont capables de plus que ce qu’on leur accorde, Olivia réévalue les pensionnaires et les aide à poursuivre une éducation et à obtenir un travail. Un succès qu’elle attribue au fait de les avoir approchées « avec un esprit ouvert ».

Après cette expérience, Olivia entreprend un doctorat en psychologie à l’Université de Rochester et entame des recherches sur les capacités d’apprentissage des enfants atteints de trisomie 21. Détonnant parmi les autres étudiants – seule femme, seule noire, étudiante la plus âgée -, Olivia ne se laisse pas décourager et obtient son doctorat en 1961. En 1963, elle rejoint l’université Fordham à New York, dans laquelle elle deviendra professeure associée jusqu’en 1985.

Olivia co-fonde la division 33 de l’association américaine de psychologie, consacrée aux Intellectual and Developmental Disabilities (déficiences intellectuelles et du développement). Elle prend sa retraite à l’âge de 87 ans.

Olivia et l’émeute de Tulsa

Considéré comme l’un des pires épisodes de violences raciales aux États-Unis, l’émeute de Tulsa est longtemps restée un angle mort de la mémoire. Durablement marquée par le massacre, Olivia s’implique toute sa vie pour sa reconnaissance et pour la justice. Elle milite en particulier pour obtenir des réparations pour les survivants de l’émeute et contribue à la fondation de la Tulsa Race Riot Commission, enquêtant sur les événements près de 75 ans après.

En 2003, Olivia intente une action en justice avec d’autres survivants mais n’obtient pas réparation. En 2008, elle participe à la création et à la diffusion du documentaire Before They Die poursuivant son but d’obtenir la justice.

A sa mort en novembre 2018, à l’âge de 103 ans, Olivia Hooker était la dernière survivante du massacre de Tulsa.

Liens utiles

Page Wikipédia d’Olivia Hooker (anglais)
Olivia Hooker – feminist voices

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